10 décembre 2011
Le Trouvère en grand apparat

L’Italie fête cette année le cent-cinquantième anniversaire de l’unité nationale et pour l’occasion, les campagnes publicitaires transalpines se sont mises au diapason tricolore depuis un an. Dans ce cadre commémoratif, Fortunato Ortombina, le directeur de la Fenice, a décidé de faire précéder chacune des représentations de cette année par l’hymne national, comme me l’a expliqué un ouvreur du théâtre à l’entracte. C’est ainsi que ce soir, à sept heures – les spectacles d’opéra commencent à Venise une demi-heure plus tôt qu’à Paris, selon les usages en vigueur dans les pays germaniques – le public se lève et l’on entend le murmure des paroles du Chant des Italiens, connues d’à peine la moitié des spectateurs, parmi lesquels de nombreux touristes venus s’offrir une soirée à la mythique Fenice.

Un hommage à la tradition

La nouvelle production du Trouvère commandée à Lorenzo Mariani, très traditionnelle, a le mérite de rendre lisible l’intrigue un peu tortueuse de l’opéra de Verdi. Le Comte de Luna est amoureux de Leonora, laquelle est éprise de Manrico, le fils de la gitane. Or l’enfant que cette dernière a jeté au bûcher pour venger sa mère condamnée pour sorcellerie était en fait son propre fils. Manrico est le frère du Comte de Luna, mais ce dernier ne l’apprendra qu’après l’avoir fait fusiller, aveuglé par ma jalousie. William Orlandi a dessiné des costumes amples de style Renaissance – l’action se déroule au quinzième siècle. La lune, ronde et blanche, se teinte de rouge quand on entre dans le monde gitan, mettant clairement en opposition les deux univers. Mais ce sont surtout les excellents chanteurs, encore peu connus des scènes internationales, qui assurent le spectacle, sans oublier le chef Riccardo Frizza qui fait ressortir les beautés de la partition. Il faut dire que l’acoustique de la Fenice est l’une des plus belles au monde, faisant résonner les détails avec une précision et une chaleur délicieuses. Il ne manque plus que la patine des ans pour adoucir l’éclat des dorures et des couleurs vives du théâtre, reconstruit à l’identique en 2004, après l’incendie criminel qui l’avait ravagé huit ans plus tôt.

Par Gilles Moîné-Charrassier

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