12 décembre 2011
L’art du piano dans le sud-ouest

Derrière ses lunettes et son regard gourmand, on ne le devinerait pas missionnaire. Et pourtant Paul-Arnaud Péjouan est un peu un prophète du clavier depuis plus de trente ans avec le festival Piano aux Jacobins. Ils étaient alors, avec Catherine d’Argoubet, des étudiants passionnés, et ont voulu lancer une manifestation dans ce cloître toulousain, qui est vite devenue une tribune incontournable pour faire découvrir au public français les talents de demain. C’est avec ce même désir de promouvoir de jeunes interprètes que « Piano en Valois » a été lancé sur les terres de Marguerite de Navarre, en Charente, il y a une quinzaine d’années. L’art du piano à Bordeaux est venu compléter ce panorama l’an dernier, dans un esprit plus « urbain » et une durée resserrée, sans pour autant renoncer à la volonté de porter la musique dans des lieux où elle a peu l’habitude de se produire, tel le grand Amphi de l’Université de lettres de Bordeaux.

Voyage musical

Succédant à Aldo Ciccolini, Joaquin Achuccaro est la figure tutélaire de cette seconde édition sur les traces du célèbre festival du sud Est, à la Roque d’Anthéron . Le pianiste espagnol a livré ce vendredi soir une lecture très personnelle de la Toccata, adagio et fugue en ut majeur de Bach, transcrite par Busoni, et de la Trentième Sonate de Beethoven. Puis ce fut Ravel, maître vénéré par Achuccaro. Un micro en main, le virtuose présente brièvement au public bordelais les Valses nobles et sentimentales et Gaspard de la nuit, véritable Everest pianistique de près d’une demi-heure, agrémentant d’anecdotes son allocution pédagogique. Aidé par un Steinway extraordinaire et l’acoustique idéale du Grand-Théâtre de Bordeaux, il nous emmène dans un voyage hors du temps.
Le lendemain, Bertrand Chamayou livrait sa vision des Années de pèlerinage de Liszt, qu’il a enregistrées à l’occasion du bicentenaire de la naissance du compositeur chez Naïve. Le premier concert à 16 heures donnait à entendre le premier livre, la Suisse, tandis que les deux volets suivants, l’Italie, étaient réservés pour le concert de 20 heures. Au terme de ces trois heures de musique, on ressort transformés par ce témoignage unique de l’évolution stylistique et spirituelle de Liszt. Dimanche matin, Mu Ye Wu, jeune chinois de vingt-six ans, jouait Beethoven, Liszt et Chopin. L’après-midi, David Bismuth concluait avec Bach ce week-end de piano au Grand-Théâtre de Bordeaux, dont le succès ne s’est pas démenti tout au long de ces trois jours. Le bâtiment construit par Victor Louis n’a pas usurpé sa réputation d’écrin musical.
GMC

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