3 novembre 2015
Sophie Daull, lettre à son “empêchée”

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Perdre son enfant. De nombreux écrivains ont cherché les mots pour dire l’indicible, poètes entrés à jamais dans l’histoire-“Demain j’irai dès l’aube”– ou parents impuissants comme Jean-Louis Fournier Où on va papa? ou encore Marie Darrieussecq dans son epoustouflant roman Tom est mort. Il n’existe pas de terme pour nommer un père, une mère à qui l’on enlève la chair de sa chair; amputé, à jamais du côté des martyrs, le reste d’une vie qu’il lui faut bien vivre. “Le coeur crevé”, Sophie Daull raconte, en tentant d’échapper “au sirop du deuil un peu gluant” comment Camille, sa fille de 16 ans  s’est “envolée”. Récit croisé des derniers jours avant le drame-un rarissime et foudroyant infarctus rénal et de ceux après, accrochée à un cahier bleu pour coucher les souvenirs comme “le premier jour où elle m’a dit Maman, je t’aime” ; et ne pas sombrer dans la folie. La douleur aussi face à un corps médical monstrueusement déshumanisé, qui a renvoyé sa fille mourante chez eux avec une ordonnance de Doliprane. Le doute qui assaille :“Pourquoi moi qui t’ ai donne la vie, je n’ ai pas compris qu on te la retirait” et bien sûr la culpabilité vécue sur scène- Sophie Daull est comédienne- sous la robe de la veuve de Pompée: “Je dois rougir pourtant, après un tel malheur de n’avoir pu mourir d’ un excès de douleur”. Enfin, l’humour pour survivre: “c’est du boulot un mort qui vous tombe dessus” , les petites choses de la vie qui vous maintiennent debout, la chambre à vider, la sac à préparer-pas pour partir en colonie de vacances mais pour entrer dans la mort. De la violence de la disparition mais aussi de son mystère, avec l’idée de devoir un jour mettre un point final au livre. Et continuer s’il se peut de vivre.

LM

Camille, mon envolée de Sophie Daull publié chez Philippe Rey

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