26 mars 2014
Une soirée cinq étoiles pour trois guerres

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Ce mardi soir, France 2 a mis le paquet; après Apocalypse version seconde guerre mondiale, voilà la série colorisée d’Isabelle Clarke et commentée par Matthieu Kassovitz qui revient pour donner à voir ce que fut la Première, la Grande guerre, les hommes transformés en chair à canons, lancés hors des tranchées pour gagner quelques mètres, les fusillés pour ceux qui refusaient, les noirs américains déjà victimes d’une certaine apartheid- on les “offre” à l’armée française, les “froggies”contrairement aux “Samies” de Pershing, les millions d’obus qui sont envoyés en une journée dévastant terres, hommes et villages comme dans les Flandres où en une journée on pensait écraser les allemands qui trois mois après et 200 000 morts côté canadien, 300 000 côté allemand étaient toujours bien là, aidé par des déluges de pluie transformant les cratères en piège où les poilus se noyaient. On a pas envie de voir ça, cette boucherie, cette folie humaine mais on finit hypnotisé avec ce sentiment de vouloir voir jusqu’où la folie humaine peut aller et la mort s’empiffrer. “Douze ans d’Afghanistan, c’est 22 minutes de 1914”. Seconde partie de soirée, la case Infrarouge prend la relève avec L’embuscade, un documentaire exceptionnel de Jérôme Fritel revenant sur le drame d’Uzbin, 10 morts et 21 soldats français blessés pris dans un piège et qui refusent aujourd’hui que l’on dise qu’ils sont morts, là-bas, au milieu de ces montagnes arides, pour la France. Entre images animées criantes de vérité-on les voit tomber, vomir de peur- vidéos filmées par les soldats en temps réel et les témoignages des survivants-ayant tous quitté l’armée par la suite- et qui revivent l’enfer d’être sous les balles ennemies, voir tomber leurs camarades sans rien pouvoir faire-“on était bien loin des films”– on découvre que même pour l’armée de métier-“un travail qui n’est pas comme un autre”, la mort est devenue insupportable, surtout aujourd’hui, avec toutes les technologies.

D’Uzbin à Alger

Alors on cherche les coupables, les familles portent plainte et Sarkozy accuse, tout cela dans un mois d’aout 2008 où le français en vacances découvre que son pays est en guerre; “on tombe dans le fait divers” dira l’un des intervenants dans une “bataille qui annonce les sacrifices des prochaines guerres” conclut le commentaire de ce documentaire qui vous saisit à la gorge et ne vous lâche pas pendant 52 minutes, faisant de vous le témoin comme si vous y étiez de la guerre-la vraie. Et comme si la réalité du terrain ne suffisait pas à cet écoeurement qui vous saisit, voilà un troisième film, cette fois sur la débâcle politique en juin 1940, avec l’affaire tragique du Massilia; les procès russes avant l’heure, Laval, l’entourage de Pétain qui entament leur carnet de route de manipulation de l’opinion et de mise à mal de toute résistance; partis pour combattre avec l’Empire, ces parlementaires parmi les plus courageux tomberont dans un piège absolu, déclarés traites, emprisonnés, jugés d’avance et laissant la place nette pour le vote des pleins pouvoirs à Pétain. En cinq actes digne d’une tragédie grecque mais qui fut celle de la France livrée à Hitler, on voit grâce à Virginie Linhart comment Geoges Mandel rate son rendez vous avec l’histoire, pauvre juif effrayé à l’idée d’aller à Londres et d’être considéré comme un traitre-il sera abattu en 1944 par la milice  tout comme Jean Zay, autre juif et et donc forcément plus coupable que les autres. Autant d’hommes exemplaires qui furent les victimes de redoutables fauves, prêt à tout pour sauver leur carrière alors que l’on pensait que l’Angleterre ne résisterait pas. Jour après jour, le gouvernement tergiversa pour finir par se coucher, avec à sa tête le falot président Lebrun, choisi comme tous les autres sous la IIIe république “car le plus bête d’entre tous”. Un vrai gâchis, une vraie honte et le début de cinq années où tant de soldats et de civils-a fortiori juifs- auront à payer de leur vie de la turpitude et les calculs politiques opportunistes de cette poignée de misérables. On éteint alors sa télévision, incapable de pouvoir dormir et convaincu que l’homme est définitivement perdu.

AW

Apocalypse épisode 1 et 2, et Infrarouge L’embuscade, et l’Affaire du Massilia  à revoir jusqu’au mardi 1er avril sur Pluzz

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