28 novembre 2014
Siroé à Versailles, un festin baroque

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Même républicaine, la France n’a sans doute jamais renoncé aux sirènes monarchiques. Et c’est à l’Opéra de Versailles que les mélomanes se donnent rendez-vous pour en goûter les fastes authentiques. Edifiée par Gabriel pour les trois mariages royaux de 1770 – le château de Versailles ne disposait jusqu’à alors aucune scène permanente – la salle bleue, crème et or est devenue, depuis sa réouverture dans ses habits d’origine en 2009 après une campagne de rénovation, un authentique repaire musical, plus qu’il ne l’avait jamais été. Le baroque y est naturellement à l’honneur, et le Siroé de Hasse, où le contre-ténor vedette Max-Emmanuel Cencic signe sa première mise en scène, en offre un réjouissant exemple : pour les parisiens lassés de la grisaille de Bastille et Garnier, déluge de virtuosités et de couleurs garanti. Et évènement pour le Tout-Paris baroqueux, qui s’est retrouvé à la première mercredi soir.
Ce n’est évidemment pas pour l’intrigue que l’on se pressait à l’opera seria au siècle des Lumières, et cela n’a guère changé aujourd’hui. Dans cette Perse vénéneuse où se conjuguent rivalités politiques et intrigues amoureuses, la scénographie élégante et orientalisante gagne en effet au fil de la soirée à mesure qu’elle modère son flamboiement vidéographique – les lumières et les jeux d’ombres au deuxième acte distillent une poésie délicate et raffinée, plus que le court-métrage des amants façon publicité Armani.

Prima la voce

Mais il est avant tout question de gosier ici. Et Max-Emmanuel Cencic ne faillit pas à sa réputation dans le rôle-titre, passant de la subtilité élégiaque, accompagné par une onirique basse continue, à la fureur vengeresse. Véritable bête de scène, Julia Lezhneva retient l’attention par sa Loadice aux vocalises étourdissantes. Dans ce creuset de timbres androgynes, Mary-Ellen Nesi se distingue en Medarse – le frère rival de Siroé – ambigu à souhait. Lauren Snouffer ne manque pas moins de crédibilité en Arasse, ni Roxana Constantinescu en Emira, dissimulée sous les armes d’Idaspe. Quant à Cosroé, le souverain vieillissant, Juan Sancho le fait sonner avec un redoutable naturalisme théâtral. Avec les musiciens d’Armonia Atenea, George Petrou insuffle à l’ensemble une belle vitalité, et ne laisse pas la partition s’alanguir dans ses ornementations et ses da capo parfois un rien prolixes. Triomphe aux saluts pour cette éblouissante redécouverte : on aurait tort de bouder son plaisir.
GL
Siroé, Opéra royal de Versailles, jusqu’au 30 novembre 2014

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