22 juin 2013

Lorsque je suis rentrée, totalement aphone, je n’y ai pas pensé tout de suite. Après tout, j’avais été un peu idiote de partir en robe légère malgré ce petit vent frais qui s’amusait à rafraîchir la Croisette. Pour une fois que j’avais mis une robe de cocktail pensais-je, me voilà bien punie. Sans compter que la gorge est mon point faible, je le savais non? Une semaine entière, je dus alors supporter de pouvoir à peine me faire entendre pour deux jours passés à me taire en compagnie de ma mère.

La réconciliation avait été rapide; un simple bouquet de pivoines plus quelques promesses sur la comète et elle m’était tombée dans les bras à ma grande joie et celle de mes enfants. C’est vrai que le statut d’orpheline -pour mon père, encore vivant, la chose était cependant réglée- ne me plaisait guère a fortiori accompagné de ce que je percevais comme une véritable trahison. Pour voir ses petits-enfants, elle avait en effet choisi l’option de me contourner via leur père avec lequel elle entretenait de très bonnes relations. Il faut dire que celui-ci savait se rendre charmant, s’étant déjà exercé avec sa précédente belle-famille. Avec ma mère, il avait trouvé une proie parfaite car isolée, vivant seule et aspirant à la compagnie; ces deux-là avaient en plus de nombreux points communs notamment l’art d’attendre de moi que je m’occupe de leurs problèmes, l’une étant comme une enfant, l’autre ressemblant à un véritable adolescent dont je peinais à me débarrasser. Le fait que je refusais tout contact avec eux leur donnait une solide conversation et de quoi exprimer chacun leurs griefs avec une bonne conscience qu’ils partageaient à l’envi. Deux contre un, j’étais forcément la méchante, celle qui avait un problème… En l’occurrence, la chose était vraie mais uniquement à leur contact. Je le vérifiais, ma gorge me faisant un mal de chien, après avoir appris une fois encore que ma mère  l’avait à nouveau appelé, suite à un appel au secours que je lui avais fait. Je n’y arrivais plus, j’avais besoin d’elle lui avais-je dit sur son répondeur -elle me prenait rarement au téléphone. Non pas pour le fun, une sortie, un week-end avec des petits restos, mais pour veiller ma fille, prendre les rênes et me soulager. M’aider, me suppléer, et le mot est dur à écrire, m’aimer. De cet amour qui n’apporte rien à l’autre que d’avoir répondu à l’appel. Avec sollicitude -ce soin inquiet qui différencie selon moi les gens aimables et les autres. Mais, ni ma mère ni le père de mes enfants n’en étaient capables. En ce point, ils se ressemblaient bien. Ainsi, les deux avaient failli me laisser mourir, chacun en leur temps, tout en me jurant par ailleurs un amour éternel. Un amour qui n’était en fait que de pacotille, de roman. De celui qui fait couler de grosses larmes qui iront juste s’écraser plus bas. J’en avais été dupe mais c’était fini. Ma tête pour autant ne renonçait pas. Sans cesse, elle cherchait les mots, les écrivait pour les démasquer. Des mots qui n’étaient jamais entendus; alors ils restaient dans la gorge comme ces deux dernières fois. Mon corps devait sans doute retrouver ses vieux réflexes à laquelle ma volonté de résiliente ne pouvait rien. Il fallait que je l’accepte et que je les abandonne tous deux une bonne fois pour toute. Ainsi, c’était certain, ne perdrais-je plus ma voix ni ma voie. Quant à eux, ce qu’ils deviendraient, cela m’était bien égal…

Par Laetitia Monsacré

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs