17 août 2015
Saint-Céré, l’opéra sous les étoiles

falstaff au chateau de castelnau mise en scene olivier desbordes

Le tableau prend des allures idylliques. Sur les remparts rougeoyant dans la tiédeur du couchant, des convives goûtent, avant le spectacle, leur salade de magret et foie gras : surplombant la vallée de la Dordogne, le château de Castelnau réunit, les soirs où la météo ne se fâche pas contre la musique, les plaisirs des yeux, des oreilles et du palais. Si le festival de Saint-Céré ne se résume pas au pittoresque donjon, il demeure la plus éloquente carte postale d’un rendez-vous estival au cœur d’un Sud-Ouest que l’on n’associe pas toujours instinctivement à l’art lyrique, du moins hors des métropoles toulousaine et bordelaise. Il a ainsi réussi, au fil de plus de trois décennies, un bel ancrage de l’opéra sur les terres rurales de Lot, sans négliger un patrimoine auquel on a insufflé une autre vie – et l’on peut d’ailleurs, pendant l’entracte, flâner dans la petite exposition où est résumé le destin de cette imposante forteresse qui, après les gloires de l’Histoire, a été réhabilité par un chanteur de l’Opéra-Comique de Paris, Jean Mouliérat, au tournant du vingtième siècle, avant de tomber dans le giron national.

Verdi côté cour

Complétée par quelques concerts, l’affiche de la cour du château est avant tout dominée par la production de Falstaff. Palliant habilement les contraintes du plein air, Olivier Desbordes, le directeur du festival et metteur en scène, place l’opus de Verdi sur un plateau de tables, autour duquel tourne la destinée de cet ivrogne shakespearien affligé d’une lubricité qu’il prend pour de l’irrésistible galanterie. Alice Ford et ses comparses ne vont pas manquer de lui infliger une leçon de désillusion, entre l’échappée dans le panier à linge versé dans la Tamise et la mystification nocturne dans le parc de Winsdor. Sans éprouver le besoin d’accentuer le ridicule ou l’imitation d’époque, la scénographie démontre un communicatif sens de la farce, sinon de la satire, que les interprètes ne manquent pas de faire ressortir : les noces du théâtre et du chant, incontournable credo des lieux, ne sont pas oubliées.

Un Falstaff vivant

Dans le rôle-titre, Christophe Lacassagne livre une incarnation débonnaire, où, derrière la caricature de la grossièreté, pointe un soupçon d’humanité qui donne consistance au personnage. Marc Labonnette possède les moyens d’un Ford hâbleur, tandis que son épouse Alice revient à une piquante Valérie Maccarthy. Sarah Laulan réserve une Mrs Quickly gourmande, très en couleur vocale, quand la Meg Page d’Eva Gruber ne cède pas aux excès de la mégère. Anaïs Constans dévoile les attraits d’une Nanette naïve, aux côtés du Fenton suffisamment juvénile de Laurent Galabru. Les rôles de composition ne cachent pas leur caractère, le Bardolfo de Jacques Chardon comme le Pistola de Josselin Machalon ou le Docteur Caïus d’Eric Vignau. Portés par l’exigence de crédibilité, les interprètes s’affirment au diapason de l’énergie du choeur et de l’orchestre Opéra Eclaté, sous la baguette de Dominique Trottein. Sortant de la perfection discographique aseptisée, l’ensemble constitue un évident avatar de spectacle vivant au vert. Outre La Périchole d’Offenbach, l’autre production lyrique de ce cru 2015, donnée dans La Halle aux sports de Saint-Céré, mentionnons l’hommage à Claude Nougaro par Nicole Croisille, qui n’a pas les rides de son âge, magnifiant le terroir midi-pyrénéen autant qu’une mémoire collective transgénérationnelle.

Par Gilles Charlassier

Festival de Saint-Céré, août 2015

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