13 août 2016
Saint-Céré, le fruit de la ténacité

traviata 2016, opera mis en scene par olivier desbordes

Rendez-vous à l’agenda des mélomanes depuis plus de trois décennies, Saint-Céré, à deux pas de la vallée de la Dordogne, possède désormais une scène dramatique, le Théâtre de l’Usine, pour faire enfin vivre cette petite ville du Lot tout au long de l’année – et pas seulement pendant le festival estival, désormais associé à celui de Figeac. Inaugurée au début de l’année, la salle de quelque quatre cents places, confortable, conviviale et à l’acoustique soignée, est le fruit de la ténacité sans relâche d’un passionné, qui a voulu ne plus faire rimer ruralité avec désert artistique et participer à une politique culturelle d’aménagement du territoire digne de ce nom. Toujours aux commandes, Olivier Desbordes propose ainsi une alternative à l’aspiration des métropoles.

Une nouvelle salle

C’est d’ailleurs par un spectacle signé en collaboration avec Eric Perez que le nouveau théâtre étrenne son répertoire lyrique. Créée à Clermont-Ferrand en novembre dernier, cette production de l’Opéra de Quat’Sous démontre les affinités du metteur en scène français avec le corpus de Brecht et Weill. Les interprètes se révèlent au diapason d’une conception qui assume sa parenté avec le cabaret, sinon le cirque, privilégiant avec à-propos le jeu au volume vocal. Face à la gouaille d’une Nicole Croisille un rien marquée par les ans en Madame Pitchoum, Patrick Zimmerman compose un époux à la présence appréciable. Eric Perez n’exagère pas le relief de Macheath, tandis que Anandha Seethanen et Sarah Lazerges ménagent la distanciation nécessaire dans la rivalité entre Polly et Lucie. Outre la Jenny de Flore Boixel et le Brown plus pâle de Marc Schapira, on n’oubliera pas la direction animée de Manuel Peskine, pour faire vibrer l’actualité inentamée de la satire brechtienne.

Une Traviata version flash-back

Mais Saint-Céré, c’est bien évidemment, aussi, le château de Castelnau-Bretenoux, fonds baptismal du festival. Au milieu de la nuit occitane, plus douce qu’attendue entre des remparts qui portent l’empreinte du crépuscule, Olivier Desbordes, avec la collaboration avec Benjamin Moreau, propose une lecture de La Traviata que d’aucuns jugeront iconoclastes, dans ce que l’on peut voir comme un abus de flash-back, quand bien même le procédé est à l’oeuvre dans le roman de Dumas, et implicite dans le prélude en guise d’ouverture. Déplacer la visite de Grenvil avant les souvenirs de la vie passée surligne ainsi la tragique destinée de l’héroïne éponyme, épuisée par la phtisie, dédoublée par une figurante – Fanny Aguado, peut-être volontairement dissemblante – dans les souvenirs de sa carrière mondaine – et amoureuse – dont elle devient simple – et impuissante – spectatrice. En temps réel, et en noir et blanc, au milieu d’images de désolation et de catastrophes, les projections vidéo des expressions de son visage accentuent le gros plan sur le personnage.

Gros plan sur Violetta

Non exempte de maladresse dans ses effets appuyés et sa recomposition de la dramaturgie de Verdi, la présente mise en scène présente l’avantage de mettre en valeur l’incarnation intense de Burcu Uyar, Violetta frappante dans sa détresse fébrile, dont l’aura finit par faire quelque ombre sur ses partenaires. Julien Dran séduit en Alfredo juvénile, même si l’émission vocale ne manque pas de raideurs ça et là. Le Germont de Christophe Lacassagne condense une autorité paternelle passablement au-delà de la maturité. La cour s’attache à la restitution du caractère théâtral de ses protagonistes – de la Flora de Sarah Laverges au Douphol de Laurent Alcaro, en passant par Gaston et d’Obigny, respectivement dévolus à Eric Vignau et Yassine Benameur. Mentionnons encore le Grenvil de Matthieu Toulouse, ainsi que les choeur et orchestre Opéra Eclaté, placés sous la baguette de Gaspard Brécourt, qui fait vivre une réduction efficace des effectifs, ici divisés par deux. L’adaptation aux contraintes du lieu et de la production ne trahit pas l’original.

Par Gilles Charlassier

Festival de Saint-Céré, L’Opéra de Quat’sous et La Traviata, jusqu’au 14 août 2016

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs