15 mars 2017

 

Le théâtre lyrique n’est pas une forteresse, et Rouen le démontre depuis plusieurs années en mettant à l’affiche un programme d’opéra participatif initié par le Teatro Sociale di Como AsLiCo. En adaptant des ouvrages du répertoire, ou en passant des commandes à des compositeurs d’aujourd’hui, le projet entend faire tomber certaines des barrières entre la musique et le public, en particulier celui en herbe : préparés par les enseignants des établissements partenaires, les enfants – avec leur parents lors des représentations familiales – interprètent, au fil du spectacle, sous la direction du chef d’orchestre, les parties chantées qu’ils ont répétées, tandis que la présentation dans la langue vernaculaire, le cas échéant à l’issue d’une traduction – comme ce fut le cas il y a quelques saisons pour Le Vaisseau fantôme de Wagner – facilite la compréhension immédiate, sans la béquille des surtitre, devenue indispensable à l’heure de la mondialisation culturelle, à laquelle l’opéra n’échappe pas.

Parabole du pacifisme

Première maison hexagonale à avoir donné vie à cette initiative, Rouen a choisi cette année de remettre en valeur un musicien français longtemps négligé, victime de l’anathème d’une certaine avant-garde : Henri Sauguet, que la récente tournée des Caprices de Marianne soutenue par le Centre français de promotion lyrique a permis de redécouvrir. Sur un livret de Jean-Luc Tardieu adaptant un conte de Maurice Druon, Tristou les pouces verts décrit le destin d’un garçon pas comme les autres, dont les mains font pousser des fleurs sur tout ce qu’il touche, des murs de la prison et des bidonvilles, jusqu’aux canons fabriqués par les usines de son père. Gilles Rico met en scène cette parabole du pacifisme dont notre époque aurait bien besoin, avec un sens certain des images, quitte à aménager ça et là le texte originel au-delà du nécessaire.

Vertu assumée de la production, la distribution n’hésite pas à faire appel à de jeunes chanteurs, à coté d’autres plus confirmés. On retiendra en particulier la fraîcheur de Catherine Trottmann dans le rôle-titre, le Moustache truculent de Yuri Kissin, ou encore l’inénarrable Marc Scoffoni, protéiforme animateur de nouvelles télévisées qui se délecte du malheur du monde, avec effets que l’on croirait sortis des années quatre-vingt. Plateau, fosse et salle sont placés sous la direction bienveillante de Paul-Emmanuel Thomas, également directeur du festival de Menton depuis 2012, qui sait mettre en avant la finesse très française de l’écriture orchestrale, avec une sensibilité évidente.

Par Gilles Charlassier

Tristou les pouces verts, Rouen, mars 2017

 

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