16 mars 2015
Rome à l’heure contemporaine

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Si le Vatican et l’Antiquité forment le cœur de l’attractivité touristique de Rome, la capitale italienne n’oublie pas pour autant l’art musical, et le Teatro Costanzi – l’Opéra de Rome – n’en détient pas le monopole. Sur le site des jeux olympiques d’été de 1960 a été inauguré en 2002 un complexe culturel de trois salles dessiné par Renzo Piano, l’Auditorium Parco della Musica, dont l’une, avec plus de 2700 places, soit davantage que la Philharmonie de Paris, est la plus vaste d’Europe : la Santa Cecilia où est en résidence l’orchestre de la célèbre académie, l’une des plus anciennes du monde, créée par bulle papale à la fin du XVIème siècle.

Retour aux sources

En cette fin mars, la phalange dirigée par Antonio Pappano propose un couplage singulier : une première mondiale de Salvatore Sciarrino avant le Magnificat de Bach, étape incontournable en période pascale. Rapprochant deux ouvrages mus par une sorte de quête vers l’archaïsme – du moins en dehors des modèles esthétiques dominants – le chef italien introduit par quelques mots la création de son compatriote, La nuove Euridice seconde Rilke. Le compositeur a lui-même traduit des textes du poète germanique inspirés par le mythe d’Orphée. On reconnaît d’emblée la manière de Sciarrino, à rebours de toute tradition déclamatoire pour se rapprocher au plus près du souffle. Et cela s’entend particulièrement dans le premier des deux poèmes, où la voix sonne ainsi qu’une respiration, sinon une aspiration au chant, qui constitue comme la structure dramatique de la page.
Interprète reconnue de la musique contemporaine révélée par Written on skin de Britten, Barbara Hannigan fait ressortir avec une remarquable intelligence ce frémissement du sentiment et de la musique aux limites du silence. Plus qu’une raréfaction de la matière, c’en est avant tout une décantation, perceptible dans une facture orchestrale où dominent les accents asséchés des bois, et de la flûte particulièrement. A rebours de toute emphase, on entre dans une sorte d’intimité du son, qu’Antonio Pappano s’attache à restituer.

Nouvelle génération de voix

Le Magnificat de Bach contraste avec son écriture lumineuse et timbrée, même si l’on y retrouve une économie de moyens qui n’est pas sans rapport. Si l’Orchestre de l’Académie Sainte-Cécile ne doit pas se mesurer aux formations baroqueuses, le travail rhétorique se révèle d’une indéniable efficacité. On appréciera les deux sopranos – Amanda Forsythe et Josè Maria Lo Monaco. Paolo Fanale ne se montre pas toujours à l’aise avec l’écriture vocale de sa partie, tandis que Christian Senn s’avère un baryton convaincant, tout comme le – légendaire – chœur préparé par Ciro Visco. Rome conserve ses valeurs établies.

Par Gilles Charlassier

Sciarrino/Bach, Académie Sainte-Cécile, Rome, mars 2015

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