2 août 2014
Raretés italiennes au festival de Radio France Montpellier

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Rituel estival immuable depuis bientôt trente ans, Radio France prend ses quartiers d’été à Montpellier. Dès les premières années,  René Koering a fait de ce festival le creuset de maintes redécouvertes, en particulier lyriques, et ce goût pour l’exploration de répertoires peu fréquentés est vite devenu un rendez-vous incontournables pour les mélomanes en quête d’aventure. Cette édition 2014 ne déroge pas à la règle avec une rareté de Donizetti, Caterina Cornaro, accouchée plus difficilement que de coutume chez le prolifique musicien bergamasque. Cet opus ultime n’a d’ailleurs pas rencontré de succès auprès du public et n’a connu que quelques brèves réapparitions dans les années soixante-dix.

Donizetti politique

Avec son intrigue aux vagues résonnances politiques, le livret nous introduit dans un univers qui regarde un peu en direction de Verdi : l’imbroglio amoureux se double de considérations d’état auxquelles les sentiments se sacrifieront.  Et si la partition s’avère inégale – en particulier dans les chœurs à la fin du premier acte –, elle n’en réserve pas moins de belles pages, à l’instar des airs de l’héroïne ou de duos avec son amant, Gerardo. Dans le rôle-titre, Maria Pia Piscitelli affirme une voix opulente, puissante et éclatante au besoin – une vraie prima donna, avec ses aspérités. Remplaçant Ivan Magrì, Enea Scala n’a rien d’un second choix et réserve à Gerardo de vaillants accents. En Lusignano, le roi de Chypre, rival amoureux devenu ami face au complot, Franco Vassallo n’en manque pas non plus, privilégiant parfois la présence et l’effet dramatique à la subtilité. Dans cette distribution très italienne, Paul Gay, Andrea, le père de Caterina, et François Lis, Mocenigo, le sombre ambassadeur de Venise, démontrent plus de justesse que de style. Mêlés au Chœur de la Radio lettone, celui de l’Opéra de Montpellier témoigne d’un bel enthousiasme, porté par la baguette de Paolo Carignani, tout à son affaire à la tête de l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon.

Casella, la guerre en image et en musique

Le lendemain, c’est au tour de l’Orchestre national de France, piloté par Gianandrea Noseda, dont on apprécie régulièrement la finesse dans le répertoire lyrique – en particulier Verdi –  d’exhumer deux œuvres d’Alfredo Casella, enregistrées pour la première fois il y a seulement trois ans par Francesco la Vecchia et l’Orchestre symphonique de Rome pour le label Naxos, où l’on peut d’ailleurs explorer le corpus de ce contemporain de Stravinski. Sur des rythmes implacables qui rappellent l’influence du futurisme et laissent peu de place aux épanchements mélodiques – on peut songer au célèbre Pacific 231 d’Honegger –  le Concerto pour violoncelle opus 58, écrit en plein fascisme au milieu des années trente, déploie une impressionnante virtuosité sous l’archet d’Enrico Dindo. Le mouvement central, Largo, grave, ménage un répit de lyrisme souligné par le son nourri du soliste, avant l’étourdissant finale qui surprend avec une délicate conclusion teintée d’humour.
Centenaire oblige, la première guerre mondiale s’invite au programme. Initialement conçues en 1914 pour deux pianos afin d’illustrer des courts-métrages d’actualité – évidemment muets à l’époque –, les Pagina di guerra ont été orchestrées entre 1915 et 1918 par l’auteur lui-même. Au fil de ces cinq tableaux d’une grande force évocatrice  – Belgique, France, Russie, Alsace et Adriatique –  Gianandrea Noseda fait vibrer une matière sonore dense, voire pesante. Indéniablement, la musique appelle l’image, et l’on comprend l’admiration du plus cinématographique des compositeurs d’opéra, Puccini.
Ouvert sur les sensuelles volutes du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, le concert s’achevait sur les Danses symphoniques de Rachmaninov, livrées avec éclat et précision par les musiciens de l’Orchestre national de France. A défaut d’avoir gardé un souvenir exact des chromatismes de Casella, l’auditeur pourra toujours repartir avec les motifs reconnaissables de la fresque symphonique du musicien russe.

GC
Festival Radio-France Montpellier Languedoc-Roussillon, du 13 au 26 juillet 2014, concerts des 22 et 23 juillet

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs