21 avril 2017
Premier tour : l’heure du choix

4,7 millions de téléspectateurs ont suivi hier soir le dernier grand oral des candidats à la Présidence de la République. Dernier grand barnum, organisé au forceps – entre les attitudes de diva des uns et la peur de se voir mettre en difficulté des autres – afin d’éclairer les français sur le choix de dimanche. Exercice de style long et fastidieux, perturbé évidemment par l’attentat des Champs-Elysées, mais qui dans l’ensemble a été de bonne tenue. Enfin, cette campagne se termine. Et si elle se termine sur une note sombre, force est de constater qu’elle a été de bout en bout faite de rebondissements, de trahisons, de surprises et laisse planer un doute presque absolu sur l’ordre d’arrivée des quatre principaux candidats dimanche soir à 20 heures. A 20 heures ou plus tard, les bureaux de vote fermant désormais leurs portes à 19 heures, il ne serait pas surprenant de voir apparaître non pas deux mais trois, voire quatre têtes sur nos écrans. Autant dire que la soirée risque d’être longue ! Le fait même que quatre candidats se tiennent en si peu de points démontre bien l’indécision des français et la difficulté que représente le choix de cette présidentielle. Après cinq ans de hollandisme mou et incertain que vont choisir les électeurs ?

Marine et Jean-Luc

Marine Le Pen espère en sa propre étoile. Toute seule comme une grande, refusant de se mêler au système, le pourfendant, elle espère que sa vision de la France devienne enfin majoritaire. Se tenant ferme sur ses positions tout en manquant de crédibilité quant à son programme économique, elle croit dur comme fer que son antienne de la souveraineté et de la liberté retrouvée pour la France est la solution aux maux de la société. Car force est de constater, et c’est peut-être là aussi un enseignement à tirer de cette campagne, notre pays ne va pas bien. La société est divisée, antagonisée, et les satisfécits que se dresse à lui-même François Hollande ne trompent personne. Alors la championne du FN mise sur ces divisions et sur ces fractures pour empocher la mise et appliquer son programme. De l’autre côté de l’échiquier, Jean-Luc Mélenchon, se voit lui aussi en recours. Depuis cinq ans il se construit une stature, une image, un personnage. Peut-être l’heure du « grand soir » est-elle enfin arrivée ? Il y croit lui aussi dur comme fer et ses six meetings hologrammiques n’ont fait que renforcer sa certitude : l’avenir de la France passe par lui. Une République rénovée, une monarchie élective renvoyée aux oubliettes, du travail pour tous, une transition écologique célébrée et une guéguerre avec l’Allemagne comme plat principal voilà le menu que nous propose le chantre d’une révolution bolivarienne à la sauce insoumise !

Emmanuel et François

Emmanuel Macron quant à lui, s’applique à ne pas faire de vagues. Consensuel et bien éduqué il est là pour plaire à tout le monde. Son projet est une vieille rengaine française, une vieille chimère politique qui n’a jamais eu de succès. La rencontre entre la social-démocratie, le libéralisme et l’ambition européenne. Une vieille lune française portée en son temps par Raymond Barre, Jacques Delors, Valéry Giscard d’Estaing ou bien encore François Bayrou. Soutenu, trop soutenu peut-être pour apparaître vraiment neuf, Emmanuel Macron doit s’obliger à dépasser la simple communication finement orchestrée par ses équipes pour enfin expliquer avec plus de profondeur ses solutions et son projet au risque de se voir balayé par la tornade lepéniste dans le cadre d’un débat de second tour qui pourrait ne pas tourner à son avantage. D’ailleurs, il est temps que cette campagne de premier tour se termine aussi pour lui, submergé par le trop-plein de ses soutiens qui forment autour de lui une sorte de club des éclopés de la Vème République. Le dernier en date, Dominique de Villepin, est à double tranchant. S’il peut se targuer de rassembler largement autour de lui, il ne peut ignorer que la plupart de ces femmes et de ces hommes ne rappellent pas aux français que de très bons souvenirs et Emmanuel Macron en homme intelligent sait que les français ont de la mémoire. Vite que la campagne se termine aussi pour François Fillon. Revenu d’entre les morts, mort vivant lacéré de tous côtés, l’ancien « collaborateur » de Nicolas Sarkozy n’a pas douté un instant que la fin de campagne lui serait favorable. Après les affaires, après la mise en examen, fidèle à son cap et résilient à souhait, le châtelain sarthois n’a pas dévié de son cap. Il ne s’est pas laissé impressionné, il n’a rien lâché et est resté ferme sur toutes ses positions même les plus clivantes, mêmes les plus dangereuses politiquement. Vite que le premier tour se termine et qu’il soit qualifié, il pourra souffler un peu et se sentir franchement ragaillardi. Face à Marine Le Pen au second tour, il sait que l’Elysée lui est destiné. Il n’en doute pas depuis sa victoire à la primaire ! Belle constance mais que dire de l’effet moral désastreux que ses comportements passés auront eu sur l’opinion des citoyens ?

La solitude de Benoît

En parlant de citoyens et sans aucune condescendance envers les petits candidats dont il paraît clair qu’ils ne seront pas au second tour, eux-mêmes le reconnaissant, il faut reconnaitre à Benoit Hamon son engagement, son opiniâtreté et d’une certaine façon sa résistance. Lui aussi n’aura pas dévié de son cap et aura tenu bon malgré toutes les trahisons et les défections. Les 20 000 personnes présentes place de la République mercredi lors de son forum/meeting/concert, sorte de « Nuit debout » participatif et festif, savaient bien que tout était foutu pour la qualification au second tour. Mais ils savaient aussi qu’ils étaient là en témoignage de l’avenir. Cette campagne longue et folle avait pu faire croire que la gauche était morte, Benoit Hamon, voilà sans doute son mérite de candidat, aura su insuffler le contraire et proposer, avec peut-être trop d’avance, une nouvelle méthode, une nouvelle vision, une nouvelle façon de faire et d’appréhender la politique.

En attendant, tous aux urnes dimanche ! Quelles que soient les inclinaisons de chacun, l’essentiel est bien de faire vivre la démocratie et de choisir en conscience. Qui sera au second tour ? Qui sera qualifié ? En dernier ressort il nous revient à nous de décider et de prendre en main notre avenir, notre destin. En deux mots : vivement lundi !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs