16 mars 2017
Populismes, le coup d’arrêt ?

Brexit, élection de Donald Trump, référendum négatif en Italie, défaite sur le fil à l’élection présidentielle autrichienne, tout semblait réuni pour que la vague populiste, protectionniste, eurosceptique, anti-euro, trouve son premier point d’orgue avec les élections législatives néerlandaises avant son grand triomphe annoncé avec la future et certaine victoire de Marine Le Pen aux présidentielles françaises. Alors que ce courant politique semblait pouvoir croire que 2017 s’inscrirait dans une continuité glorieuse de 2016, les électeurs bataves en ont décidé autrement. Le PVV de Geert Wilders, donné vainqueur par les sondages tout au long de 2016 avant de se voir dépassé par le VVD du Premier ministre Mark Rutte, a perdu. L’extrême-droite s’installe tout de même comme la deuxième force des Pays-Bas et voit son nombre de sièges à la Chambre basse en augmentation.

Le peuple contre les élites

Marine Le Pen a largement soutenu Geert Wilders, voyant en lui un patriote et un allié nécessaire dans leur lutte commune contre l’influence de l’Islam en Europe. Elle attendait sûrement beaucoup de la victoire annoncée du PVV. Elle aurait pu en tirer des arguments électoraux : celui du peuple contre les élites, celui de l’identité européenne qu’il s’agit de défendre, celui de la lutte contre le fondamentalisme, celui du rejet populaire de l’Union Européenne, celui surtout de la liberté du peuple. Ne doutons pas que ce score décevant aux Pays-Bas sera pourtant présenté comme une victoire, comme la première marche d’un mouvement inéluctable, comme l’expression du courage du peuple néerlandais qui tient à son identité et à ses valeurs. Quand on pense que les Pays-Bas étaient, il y a encore vingt ou quinze ans, un modèle d’intégration, le symbole d’une société heureuse, ouverte au monde, libérale dans sa philosophie de vie et dans ses mœurs, le gouffre est profond. Il est aussi symptomatique d’une Europe en crise qui se cherche et qui hurle à ses dirigeants de changer la matrice pour plus de démocratie, pour moins d’austérité, pour plus de générosité et pour la recréation véritable d’un vivre ensemble qui a été désintégré par la crise de 2008, de l’Euro, de la Grèce et des autres pays du Sud, par la crise des migrants et l’attitude folle d’une Allemagne isolée mais surpuissante.

Participation record pour un scrutin qui redonne de l’espoir

Le populisme européen prospère sur les cris de colère du peuple. Il prospère d’autant plus que les forces dites gouvernementales choisissent, elles, d’ignorer ses complaintes. Le populisme européen est fort parce que les gouvernants promettent et n’agissent pas. Parce que les Présidents et les Premiers ministres qui se succèdent partout choisissent de ne pas écouter et d’offrir comme seule réponse une logorrhée moralisatrice et pétocharde. Ils s’amusent à nous faire peur en brandissant le drapeau raciste et xénophobe de l’extrême-droite. Ils nous culpabilisent et ne s’inquiètent jamais des raisons fondamentales qui poussent de plus en plus de citoyens européens à choisir le repli et le rejet de l’autre.

Oui, le populisme a perdu hier aux Pays-Bas. Mais ceux qui déjà, dans les médias et les sphères intelligentes, se félicitent de cette défaite, arguant qu’elle est certainement de bonne augure pour les prochaines échéances, se fourrent un doigt dans l’œil jusqu’au coude ! La défaite de Geert Wilders n’est en rien le signe annonciateur de la défaite de Marine Le Pen. Au contraire à se réjouir trop vite, à balayer et à mépriser le choix des électeurs, les sachants cathodiques ne font que renforcer la défiance du peuple ! Coup d’arrêt du populisme ? Certainement pas ! Il ne nous reste, à nous citoyens français, qu’une attitude à adopter pour éviter le pire. Faire comme nos amis bataves, c’est-à-dire refuser la stigmatisation, croire en demain et ne jamais oublier ce que nous sommes : un peuple généreux et tolérant, ouvert au monde et accueillant. Tachons de ne pas oublier qui nous sommes car ce serait alors la plus grande victoire des populistes de tous ordres.

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs