21 octobre 2013
Plaisirs de la rentrée musicale


L’automne arrive et les dernières feuilles festivalières tombent. Bien sûr, on peut prolonger les vacances dans quelque métropoles méditerranéennes, telle Barcelone, où l’Orchestre Symphonique de Barcelone et de Catalogne, participant extra-hexagonal à la semaine « Orchestres en fête » qui se tient chaque année en novembre, a invité Emmanuel Krivine en cette mi-octobre chaude et ensoleillée propice à la baignade. Connu pour son énergie parfois un peu brute, le directeur musical de la Chambre Philharmonique, que l’on a parfois entendu dans la fosse de l’Opéra Comique, a réservé au public de l’Auditori – le grand complexe musical de Barcelone, un peu l’équivalent de notre Cité de la musique avec également un musée – une Neuvième Symphonie de Schubert confondant souvent vitalité et précipitation. Ce n’est pas ici que l’on entendra la discrète et inimitable mélancolie du compositeur autrichien. Restait au moins, en première partie de soirée, le brio de Bertrand Chamayou dans le Burlesque en ré mineur de Richard Strauss, brillante démonstration de virtuosité dans laquelle l’un des meilleurs pianistes français de la nouvelle génération fait preuve d’une musicalité et d’une inventivité sans pareilles.

L’été joue les prolongations

Mais revenons en France, où, les oreilles repues par les grands rendez-vous de l’été n’en prêtent pas moins attention aux derniers feux festivaliers qui brillent sur la région parisienne. Ainsi, peut-on jusqu’à la mi-septembre allier, pour cinq euros, promenade dominicale et plaisirs musicaux au Parc Floral, dans le bois de Vincennes, et ceux procurés par la Compagnie Käfig de Mourad Merzouki et le quatuor Phidias dans son spectacle « Boxe, Boxe » valent le détour. Des danseurs de hip-hop aux mains gantés se déhanchent sur des pages de Schubert, Ravel, Gorecki ou Glass. Humour, mais aussi tendresse émouvante quand résonnent le célèbre Quatuor La Jeune Fille et la Mort ou encore l’Intermezzo du Quatuor opus 13 de Mendelssohn, adapté mais jamais appauvri – exercice ô combien délicat. Un « crossover » de qualité qui constitue une excellente approche de la musique pour un public familial, trop souvent abreuvé de réductions publicitaires pour toute pédagogie. Une telle passerelle entre les genres se retrouve, de manière plus consensuelle, le dimanche suivant à Pontoise dans un dialogue entre Monteverdi et le jazz offert par Michel Godard et Guillemette Laurens. Baroque et jazz ont en commun de laisser une part importante à l’interprète. Les chants et les époques se mêlent dans la nef de la Cathédrale Saint-Maclou, pour le plus grand bonheur des auditeurs avertis de ce dimanche après-midi.

Rendez-vous manqués

Rentrée buissonnière d’un côté donc, rendez-vous manqués d’un autre, avec la défection de Georges Prêtre pour son concert avec l’Orchestre de Paris salle Pleyel, remplacé par Andris Poga, assistant de Paavo Järvi depuis 2011. Comme convenu dans le programme initial, hommage est rendu à Poulenc, mort il y a tout juste cinquante ans. L’occasion d’entendre deux raretés : la suite tirée du ballet Les Animaux modèles, jamais jouée jusqu’alors par la phalange parisienne, et le Concerto pour deux pianos par les sœur Labèque. Une affiche glamour pour une œuvre qui mériterait davantage d’égards. Quant à la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski – qui se substitue à la Symphonie de Franck – on peut admirer le travail soigné du jeune chef letton, mais l’allongement de ses tempi finit par amollir une œuvre puissante. Au moins évite-t-on la tentante grandiloquence de la partition.
Le lendemain à Bruxelles, c’est le violoniste révélé au public français par le festival Juventus à Cambrai en juillet dernier, Marc Bouchkov, souffrant, qui a dû annuler son concert avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège. En lieu et place du Premier Concerto de Vieuxtemps, c’est celui, rebattu, de Bruch, que Boris Belkin réserve aux auditeurs du Bozar. Du métier assurément, comme Christian Arming le démontre aussi dans la Troisième Symphonie de Beethoven, mais le principal attrait de la soirée résidait en fin de compte dans les fragments tirés de La Caravane du Caire de Grétry, liégeois dont on célèbre cette année le tricentenaire.

Le flambeau de la musique française

Un peu une mise en bouche en quelque sorte, puisque le mois suivant, l’Opéra de Versailles et le Centre de Musique Baroque, faisait redécouvrir au public français cet opéra-ballet plein d’exotisme, dont l’histoire rappelle un peu l’Enlèvement au sérail. Sous la baguette vigilante de Guy van Waas, à la tête de l’ensemble Les Agrémens, Tassis Christoyannis, authentique baryton Verdi,  incarne un Florestan de belle prestance, tandis que Cyrille Dubois met en valeur la juvénilité de Saint-Phar, son fils. Julien Véronèse fait un pacha un peu balourd, et Alain Buet se montre plus qu’honnête en Huesca. Côté femmes, on apprécie le babil de Katia Velletaz, Zélime. Jennifer Borghi affirme une Almaïde très acidulée quand Chantal Santon fait une démonstration parodique du style italien de l’époque du compositeur. Excellent Chœur de Chambre de Namur comme toujours.
La semaine précédente, ce sont les solistes du Jardin des Voix cuvée 2013 – programme conçu par William Christie pour les jeunes chanteurs par lequel est passée en 2008 Sonya Yoncheva, la soprano bulgare que tous les théâtres s’arrachent désormais – qui célèbrent la musique française, baroque cette fois, dans un concert conçu autour de Rameau où les airs et les pages s’enchaînent comme dans un opéra imaginaire qui s’achève sur Les Surprises de l’Amour du compositeur dijonnais dont on commémorera en 2014 le deux cent cinquantième anniversaire de la disparition. On retiendra tout particulièrement l’allure volontaire de Daniela Skorka ou encore la séduisante Benedetta Mazzucato. Reste à savoir pour lesquels de ces six musiciens retentiront les trompettes de la renommée…
Gilles Charlassier
Classique au Vert, août et septembre 2013 ; Festival de Pontoise, septembre et octobre 2013 ; Orchestre de Paris le 25 et 26 septembre 2013 ; Orchestre Philharmonique de Liège, le 26 septembre 2013 ; Le Jardin des voix, 16 octobre 2013 ; Orchestre Symphonique de Barcelone et de Catalogne, 18 octobre 2013 ; La Caravane du Caire, 22 octobre 2013

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs