24 février 2014
Perrault version Offenbach

NANCY : Opera, Pre Generale Barbe Bleue
Avec ses fidèles comparses Meilhac et Halévy, Offenbach a rempli la fonction de satiriste du Second Empire. Rien ne pouvait échapper à sa plume parodique pleine d’alacrité, ni mythologie antique (La Belle Hélène, Orphée aux enfers)…ni le conte de fée, avec ce Barbe-Bleue, d’une terrible force comique et servi avec une musique irrésistible. Le monstrueux seigneur inspiré par les forfaits du maréchal de Rais est ainsi flanqué du Roi Bobèche, qui lui, massacre les amants de sa femme. Mais puisque l’on est en comédie bouffe, les trucidées et les trépassés ne le sont pas vraiment et ressortent du placard pour une grande noce finale.

Selon un usage consacré, les dialogues ont été nourris d’allusions plus ou moins contemporaines – le triple A, la dame de fer, etc. – sans oublier des parodies parfois anachroniques, à l’instar de l’oiseau rebelle de l’amour qu’en 1866 Offenbach n’avait pu connaître, l’opéra de Bizet ayant été créé neuf ans plus tard. La verdeur originale d’un livret à l’humour chansonnier assumé se trouve ainsi restituée. Bien sûr, calembours et jeux de mots plus ou moins grivois se bousculent parfois jusqu’à l’indigestion et chambrent allègrement le bon goût, voire l’équilibre de l’ensemble au début du deuxième acte. Et, plus riche en musique, le dernier soulage un peu les zygomatiques. Mais, même si le rythme du spectacle pourrait être plus régulier, pourquoi bouder son plaisir face à la mise en scène virtuose et enlevée de Waut Koeken ? D’autant que Yann Larivée a conçu une scénographie très habile où les dimensions intimes, publiques et historiques se font des clins d’œil : lit conjugal sur un plan incliné qui le reproduit en grandes dimensions, le salon puis la cuisine, sans oublier le tableau du couple d’aïeux où l’éternelle histoire du mariage et ses horreurs se reflètent.

Tourbillon comique

Côté solistes, on retrouve de nombreuses fidélités à l’Opéra national de Lorraine. Jean-Marc Bihour se révèle désopilant en narrateur. Avi Klemberg offre à Barbe-Bleue une solide présence. Anaïk Morel se montre d’une impitoyable drôlerie en Boulotte à l’insatiable désir d’aimer et peu regardante à l’étiquette, dont fait les frais le prince Saphir, le tonique Pascal Charbonneau. Norma Nahoun promène une Fleurette alias princesse Hermia toute de fraîche poésie. Lionel Lhote incarne un impayable Popolani, alchimiste avatar comique de Frère Laurent qui fait passer un puissant somnifère pour un filtre de mort et garde les Juliette rescapées dans une machine à laver pour tout mausolée. La réplique gourmande du Comte Oscar de Julien Véronèse ne lui cède en rien, tandis qu’Antoine Normand et Sophie Angebault forment un couple royal contrasté à souhait. Il n’est pas jusqu’à la baguette de Jonathan Schiffman qui, avec quelques piquantes harangues à la scène comme au public, ne prend sa part à ce tourbillon satirique.

Par Gilles Charlassier

Barbe-Bleue, Opéra national de Lorraine, Nancy, jusqu’au 27 février 2014

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