28 novembre 2016
Perpignan, l’excellence pour tous

spectres-cie-grenadejosette-baiz-quatuor-bela-cecile-martini-22

Depuis vingt-cinq ans au mois de novembre, Aujourd’hui musiques fait vibrer Perpignan au diapason de la musique contemporaine, et fait tomber les barrières qui, trop souvent, intimident le public. Le week-end de clôture, placé sous le signe du quatuor, genre réputé exigeant, illustre cette salutaire manière de conjuguer excellence et accessibilité, et ce sont les Béla qui mènent la danse.

Samedi soir, le rendez-vous dans la salle modulable du Carré emprunte au rituel consacré du concert. Avec le Quatuor Ainsi la nuit de Dutilleux s’ouvre ainsi une méditation onirique non dénuée d’un certain classicisme dans la forme, que mettent remarquablement en valeur les musiciens français. Le Quatuor n°2 de Pattar, créé l’an dernier au festival Messiaen, lequel était l’un des commanditaires, plonge, au contraire, l’auditeur dans la plasticité d’une matière sonore fluide, s’écoulant progressivement des sifflements aigus du violon aux graves charnus du violoncelle. Enfin, l’opus de Debussy exalte une modernité généreuse, nourrie de rythmes et de couleurs que les solistes ne manquent pas de magnifier. En bis, quelques mesures d’Albert Marcoeur, sans texte, aux allures de musique répétitive, démontrent que les Béla ne s’enferment pas dans l’académisme.

Le quatuor entre en danse

La production chorégraphique du lendemain le confirme sans équivoque dans la salle du Grenat. Conçu par Josette Baïz et sa compagnie Grenade, Spectres invite à un voyage sonore et gestuel au fil de pages pour quatuor « d’aujourd’hui », « modernes », sinon « contemporaines » signées Oswald, Kurtag, Crumb, Britten et Schnittke, dans la scénographie épurée de Hervé Frichet jouant des lumières pour façonner ombres et tableaux, selon une véritable ponctuation poétique. Outre trois des Microludes de Kurtag, miniatures ciselées, on retiendra d’abord Black Angels de Crumb, le cœur du spectacle, dont le titre évoque la guerre du Vietnam et ses bombardements au napalm : n’hésitant pas à faire appel à la voix, aux percussions et à l’harmonica de verre frotté avec l’archet, la pièce sort des limites usuelles de la musique de chambre, et la chorégraphie n’hésite pas à demander une participation active des musiciens, lesquels se mêlent aux danseurs, entre des duos complémentaires, presque spéculaires, et une dynamique confinant à la violence. L’intensité ne se dément pas avec Britten – le solo éthéré du Very calm du Troisième Quatuor contrastant avec le roboratif et entêtant deuxième mouvement du Quatuor n°2 – et Schnittke, avec l’électrisant Agitato du Quatuor n°2, bouquet final pour cette symbiose réussie entre l’oeil et l’oreille, les notes et les pas.

On retrouve cet l’art des passerelles cultivé par le festival roussillonnais dans les avant-concerts proposés au public dans le hall du Théâtre de l’Archipel, où en ce dimanche, Lara Morciano propose dans Philiris, commandé par Aujourd’hui musiques, une exploration du piano dans des extensions électroacoustiques, tantôt miroir de l’instrument, tantôt triturant sa mécanique. Plus que jamais à Perpignan, le meilleur de la création musicale se met à la portée de tous.

Par Gilles Charlassier

Aujourd’hui musiques, du 18 au 27 novembre 2016

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs