22 février 2014
Pelléas et Mélisande/ Intimité à l’Opéra Comique

2010-06-07 Opera Comique Pelleas et Melisande" Maeterlinck musique Claude Debussy Direction musicale, Sir John Eliot Gardiner  Mise en scne et scŽnographie, StŽphane Braunschweig
Créé ici même, Pelléas et Mélisande est donc à la salle Favart à domicile dans cet écrin intimiste idéal pour ce huis clos inspiré de Maeterlinck. A rebours de la bataille pour la nouveauté que se livrent médias et maisons d’opéra, certaines mises en scène, comme le vin, se bonifient au fil des années, et gagnent à être reprises. Celle de Stéphane Braunschweig, qui date de juin 2010, est de celles-là.  Vantaux anthracite, phare et sa réplique miniature, lumières feutrées – son minimalisme assumé traduit par le retour obsessionnel de ces quelques éléments, l’hypnotique atmosphère du nocturne et humide château d’Allemonde – l’autre monde, celui de la nuit, comme celui de Tristan et Isolde, dans un héritage wagnérien qui ne doit rien au hasard. Et si Debussy a cherché à se départir de l’ombre de Wagner, on re  trouve dans Pelléas et Mélisande la fascination que l’échanson de Bayreuth a exercée sur toute une génération – on pourra par exemple reconnaître dans l’introduction à la scène entre Geneviève et Arkel un écho de Parsifal.

La magie de la musique de Debussy

Baignés par ce climat si particulier, les chanteurs, presqu’identiques à la première série de représentations, restituent admirablement l’inimitable prosodie de l’ouvrage qui s’inscrit dans la tradition de la déclamation chantée à la française. De sa voix courte, Karen Vourc’h incarne une fragile Mélisande, auréolée d’une mystérieuse innocence. Son Pelléas, Phillip Addis, lui donne une touchante réplique – son hésitation lorsqu’il se retrouve pour la première fois seul avec elle au bord de la fontaine distille une comique gaucherie d’adolescent presque toujours évincée par le sérieux morbide de l’œuvre. Reprenant le rôle de Golaud qu’assurait en 2010 Marc Barrard, Laurent Alvaro souligne le jaloux tourment de l’époux inquiet. Aux côtés du paternel Arkel de Jérôme Varnier, Sylvie Brunet affirme son grain vocal reconnaissable qui sied parfaitement à Geneviève, tandis que Dima Bawab défend la jeunesse d’Yniold, et Luc Bertin-Hugault, médecin et berger, fait preuve d’un métier sûr.
Quant à la direction de Louis Langrée, elle met merveilleusement en lumière les couleurs de la partition et fait chanter l’Orchestre des Champs Elysées avec une belle rondeur et une appréciable richesse de textures – tout particulièrement la sonorité généreuse des cordes, trop rare sur instruments à boyaux que l’on entend souvent plus rêches. La magie de la musique de Debussy ne peut donc qu’opérer, même si hiver oblige, il faut parfois composer avec des catarrhes récidivistes…

Par Gilles Charlassier

Pelléas et Mélisande, Opéra Comique, jusqu’au 25 février 2014

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