21 août 2015
Parfum de jeunesse sur La Roque d’Anthéron

La Roque 2

Au pied du Lubéron, La Roque d’Anthéron demeure une incontournable Mecque pour les amateurs de piano, avec accompagnement obligé des cigales dans le parc du château de Florans. Cela n’empêche pas le festival de s’aventurer hors des limites du clavier, à l’image du concert du 15 août, consacré, selon une tradition désormais établie, aux ensembles en résidence.

Festin musical

Sous la tiédeur des platanes bercés par le vent du soir se succèdent pendant près de trois heures les formations qui se sont perfectionnées auprès de maîtres tels Claire Désert, le Trio Wanderer ou Emmanuel Strosser. Avec une dizaine de minutes dévolues chacun, les œuvres se réduisent souvent à un ou deux mouvements. On pourra malgré tout entendre en entier la Sonate pour violon et piano de Janacek, sous les doigts inspirés de Virgile Boutellis-Taft et Antoine de Grolée, ou, en seconde partie de soirée, se laisser porter par trois des quatre mouvements de la Sonate pour violoncelle et piano de Chostakovitch dans laquelle la vigueur extravertie de Noé Natorp et le piano plus intérieur de Jean-Baptiste Doulcet se complètent admirablement. Et que dire des sept violoncelles sous la houlette de Roland Pidoux entonnant la transcription du Lascia ch’io pianga de Haendel ou du chœur à bouche fermée de Madame Butterfly : dans ce bel exemple de collégialité lyrique, l’initiative mélodique passe d’un archet à l’autre, à tour de rôle. Les touches noires et blanches n’en oublient pas pour autant leur prééminence, à l’image de l’augurale Ouverture du Freischütz de Weber transcrite pour deux pianos et quatre interprètes – Vincent Coq, Claire Désert, Christian Ivaldi et Emmanuel Strosser – alors que la soirée se terminera sur un ébouriffant Grand galop de Lavignac pour huit mains… sur un seul clavier !

Chopin presque sans partage

Le lendemain dimanche, c’est double-bill, avec à 18 heures le talent plus que prometteur de Yuri Favorin dans un récital tout Chopin, où s’entend déjà une remarquable maîtrise. Les Six chants polonais opus 74 s’épanouissent comme de petits tableaux teintés d’une discrète mélancolie, qui s’effeuillent comme un album de souvenirs. L’Andante spianato et la Grande Polonaise brillante opus 22 ne manquent pas de vigueur, contrastant avec la réserve de Mazurkas posthumes,  avant une Sonate « Funèbre » non dénuée d’une puissance qui laisse éclater des accents de véhémence ignorant la vulgarité. Le programme se conclut, en bis, sur une extraordinaire page d’Alkan – le début de sa Grande Sonate dite « des Ages de la vie » – où la virtuosité le dispute à la sensibilité, précédant un Szymanowski d’une remarquable subtilité.

Le souffle de la nature

Avec la tombée de la nuit, c’est David Kadouch à 21 heures qui nous emmène dans un voyage placé sous le signe de la nature – et qui sera enregistré pour début janvier 2016. On ne redira jamais assez la difficulté du Capriccio sopra la lontananza del fratello dilettissimo en si bémol majeur BWV 992, et ouvrir le concert par cette page constitue une indéniable gageure où le naturel du sentiment ressent le besoin de s’échauffer. Avec Sous les brumes de Janacek, baignant dans de fascinantes demi-teintes entre romantisme et expressionnisme, le pianiste semble avoir trouvé ses marques, et  les Scènes de la forêt de Schumann distillent une poésie rêveuse et éthérée, que l’on reconnaît dans un Oiseau prophète délicatement songeur. Les Sonnets de Pétrarque tirés des Années de pèlerinage de Liszt s’exhalent avec une indéniable finesse que l’on retrouve dans En plein air de Bartok, mélange incomparable de rythmes et de sève mélodique qui confirme l’intelligence du soliste français. A la restitution de couleurs populaires de la première pièce, Avec tambour et fifres, répond  l’intensité de Musiques nocturnes où le temps semble suspendre son souffle, avant une Poursuite ramassée et réjouissante d’effets. Assurément, la relève a toute sa place à La Roque d’Anthéron !

Par Gilles Charlassier

Festival de La Roque d’Anthéron, du 24 juillet au 21 août 2015 – Concerts des 15 et 16 août 2015

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs