19 septembre 2016
Eliogabalo, ouverture baroque à Garnier

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C’est grand soir à Garnier pour cette première d’Eliogabalo qui ouvre la saison, avec un parterre de journalistes et un balcon où l’on peut apercevoir, entre autres, Jean-Marc Ayrault et sa femme, Roselyne Bachelot, ou encore Claire Chazal, partie à l’entracte, faute de danse ou d’éphèbes à portée peut-être. Compositeur du baroque italien célèbre en son temps, mais aujourd’hui oublié, Cavalli fait son entrée à l’Opéra de Paris sous la baguette de l’un de ses plus ardents défenseurs, le chef argentin Leonardo Garcia Alarcon, l’un des meilleurs talents de la nouvelle génération. Avec cet Eliogabalo, Stéphane Lissner prend d’ailleurs résolument le parti de la jeunesse, en offrant sa première production d’opéra à Thomas Jolly, comédien et metteur en scène d’une trentaine d’années déjà célébré au théâtre – on doit à ce shakespearien un récent Henry VI fleuve à Avignon de dix-huit heures. De quoi damer le pion à l’Opéra Comique et son Fantasio de réouverture – également réglé par Thomas Jolly.

Pour qui aime le belcanto virtuose et le grand spectacle, l’ouvrage peut laisser sur sa faim. C’est que Cavalli, à la suite de Monterverdi, se montre un orfèvre de la déclamation chantée, au plus près des mots, ce que les solistes réunis mettent remarquablement en valeur, de Franco Fagioli, le pyrotechnique empereur lascif et immoral, à son cousin et rival Alessandro, Paul Groves qui s’approprie un nouveau répertoire, en passant par le délicat Giulinao de Valer Sabadus, la Gemmira rayonnante de Nadine Sierra, la dolente Eritea incarnée par Elin Rombo ou l’aérienne Atilia de Mariana Flores, sans oublier la nourrice travestie Lenia d’Emiliano Gonzalez Toro. Au diapason de la direction généreuse de Leonardo Garcia Alarcon, qui n’oublie jamais l’intimisme des sentiments, la mise en scène se montre sobre, avec un plateau aussi noir que chez Olivier Py – les nus masculins ici rhabillés de slips kangourous – zébré de projecteurs sculpturaux à la manière d’un concert de rock, d’où ressort encore davantage l’extravagance des costumes d’Eliogabalo. Après plus de trois heures de musique, certains semblent plus pressés que les applaudissements pourtant chaleureux à la fin de cette première. Reste à savoir si cela suffira à passer d’un bon remplissage à une salle comble avec une œuvre méconnue : pour l’instant il reste encore des places à la vente.

GL

Eliogabalo, Palais Garnier, jusqu’au 15 octobre 2016

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