26 mars 2016
Oslo sous le signe du transhumanisme

elysium

L’hiver n’est pas encore fini en Scandinavie que l’Opéra d’Oslo, cube blanc plongé dans le fjord de la capitale norvégienne bat le rappel de l’Europe mélomane pour la création de sa saison, voulue en prise avec les enjeux de l’emprise croissante de la technologie sur nos vies. Elysium de Rolf Walin transporte le spectateur dans un futur « pas trop lointain » où les humains ne forment plus qu’une ultime colonie recluse au milieu de transhumains, fruits de l’évolution biogénétique qui se réduisent à une existence cybernétique.

La science-fiction à l’opéra

Chargé d’interrogations métaphysiques, le livret de Mark Ravenhill privilégie la démonstration appuyée plutôt qu’une écriture poétique, dans une dialectique opposant le désir de la femme pour l’état transhumain et l’appétit de la cyborg pour la condition humaine. La scène inaugurale où la mère explique à son enfant que les étrangers hors de l’île où ils sont confinés sont des monstres se révèle symptomatique de la pensée consensuelle à l’oeuvre – on ne saurait manquer de faire le rapprochement entre cette peur de l’autre et l’actualité migratoire. Au diapason de ce théâtre de bonnes intentions, la partition cite plus d’une fois Fidelio de Beethoven – entre autres l’ouverture – comme symbole de la marche de l’Histoire vers les droits de l’homme, et sans doute de la femme. Au-delà de ce matériel explicite, la musique sollicite généreusement la fosse, dans des formules souvent éprouvées, et privilégie une sonorité orchestrale expansive à un cisèlement des couleurs et des textures, que la direction de Baldur Brönniman ne cherche pas à éluder. La facture vocale se révèle à l’avenant, dans une déclamation chantée avant tout soucieuse de la projection du texte.

Une création académique

Réglé par l’une des figures essentielles de la scène lyrique actuelle, David Pountney, le spectacle s’articule autour d’un dispositif circulaire déjà vu par ailleurs, qui sert, entre autres, à délimiter le refuge humain comme une prison, et qu’il habille de projections vidéographiques, seule visibilité des créatures transhumaines, sorte de systèmes de circulation de l’information en forme de corps sans chair ni squelette. On pourra toujours se consoler par la compréhension qu’offre la scénographie d’une intrigue didactique, et croire à l’engagement des solistes. Eli Kristin Hanssveen incarne les contradictions de la femme cybernétique, tandis que Lina Johnson endosse le rôle de l’épouse face à Ketil Hugaas, mari pétri de violence trop humaine. Hege Høsaeter se fait le porte-parole de l’enfant, tandis que Nils Harald Sødal assume les interventions de Coraig et Jaquino, tel un pont entre l’opéra de Beethoven et la création de Rolf Walin, somme toute accessible, à défaut d’éviter l’académisme.

Par Gilles Charlassier 

Elysium, Opéra d’Oslo, jusqu’au 2 avril 2016

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