30 janvier 2016
Orwell, un peu plus de trente ans après 

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La crise justifie les moyens. On en connaît bien le versant économique-chômage et mal logement atteignant cette semaine des sommets-avec la désespérance qui en résulte; mais plus grave encore, cet Etat qui plonge jour après jour dans un abîme d’impuissance, ce Léviathan, ce « monstre » comme le qualifiait Nietzsche, n’ a désormais de cesse de lorgner sur les libertés de ses citoyens qu’il aimerait bien réduire à l’état de sujets. Après les militants écologistes placés en garde à vue et assignés à résidence comme de dangereux criminels c’est au tour, cette semaine, d’un maître de conférences de l’Université d’Avignon, Bernard Mezzadri, de comparaître devant le tribunal pour incitation à la haine raciale. Son délit ? Avoir repris, à fin ironique, dans le cadre d’un courriel interne, les propos « volés » par un reportage que Manuel Valls avait lui-même tenu, réclamant quelques ” blancos” face à une foule qu’il jugeait trop métissée. Alors que l’édile a pu arguer de sa lutte pour la ghettoïsation et échapper aux poursuites, l’enseignant a été convoqué et va être jugé, risquant quelques 1500 euros d’amende et un casier judiciaire à jamais sali, avec ce sentiment des plus palpables que la police de la pensée est en train de se mettre en place.

Démocratie totalitaire

Patrouilles, fouilles, portiques, fichiers policiers – bientôt disponibles sur tablettes pour les forces de l’ordre –, traçabilité sans borne sur internet, les services de renseignement semblent sans limite pour mettre sur la sellette n’importe quel citoyen s’intéressant un peu trop aux sujets sensibles pour ne pas être assimilé, qui à un aspirant djihadiste, qui un pédophile en puissance, ainsi que l’illustre le film Les loups du web sorti début janvier. Google, Twitter, Facebook n’ont ainsi au fil des années cessé de modifier leurs conditions générales- vous savez celles que vous ne lisez jamais- afin de pouvoir fournir les milliers de renseignements qui vous concernent sur une durée qui s’élève désormais à cinq ans; de plus en plus ciblés, les lanceurs d’alertes et les journalistes qui, comme chacun sait représentent une terrible menace pour nos démocraties. Les militants Greenpeace l’ont bien compris: sur les manifestations, aucun d’eux n’a sur lui un portable. Quant à nous, on a fait le choix comme vous le savez de n’être ni sur Twitter, ni Facebook. Question d’hygiène au départ qui semble être un des derniers voiles protégeant encore notre vie privée et de fait, notre liberté d’expression. Pour combien de temps encore…

Par Gilles Charlassier

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