17 octobre 2018
Orphée, noir lumière à l’Opéra Comique

Si la rentrée à l’Opéra de Paris se fait un peu en demi-teintes avec la saga Les Hugenots qui laisse plus d’un spectateur dubitatif-cinq heures c’est long surtout quand la mise en scène manque de souffle, l’Opéra Comique avec son Orphée et Eurydice proposé dans un décor noir lumière que le peintre Soulage aurait apprécié rencontre plus d’adhésion- une heure et demi rondement mené et puis s’en va. Peu connu des mélomanes parisiens, le metteur en scène avait déjà été salué à Toulouse il y a trois ans avec un diptyque associant Le Château de Barbe-Bleue et Le Prisonnier. Ici, le drame du poète allant repêcher sa défunte épouse aux Enfers est présenté avec un vaste miroir réfléchissant le plateau et la fosse, sur fond d’une reproduction d’une toile de Corot. Passé au tamis des lumières d’Arno Veyrat, le spectacle se nourrit  d’effets visuels souvent très reussis comme ce porté de la figure incarnant l’amour, chanté par la jeune et talentueuse Léa Desandre qui ne démérite pas même lorsqu’elle devient acrobate dans sa robe toute scintillante. Marianne Crébassa, Orphée à la voix généreuse qui n’hésite pas non plus à prendre des risques et rend pleinement justice à la version que Berlioz conçue pour Pauline Viardot – avec son magnifique air, « Amour viens rendre à mon âme », d’une musicalité virtuose et étourdissante, malgré un jeu des plus statique.

 Raphaël Pichon toujours aussi alerte

Annoncée souffrante, Hélène Guilmette s’en sort avec les honneurs en Eurydice, desservie par une tenue qui la rend bien peu désirable. Raphaël Pichon impulse de son côté une irrésistible vitalité dramatique à ses musiciens et le superbe choeur de son ensemble Pygmalion. Et si le jeune – et séduisant – chef français prend la liberté de sacrifier le final heureux, en terminant sur la plainte funèbre initiale, ce n’est que pour mieux célébrer la noblesse tragique de Gluck, sous une salve d’applaudissements qui a du satisfaire le directeur de l’Opéra Comique, Olivier Mantéi pour l’ouverture de cette nouvelle saison où les anciens ministres- Roseline Bachelot, Laurent Fabius, Jacques Toubon et désormais Françoise Nyssen semblaient s’être tous donnés rendez-vous.

LM

Orphée et Eurydice, à l’Opéra Comique jusqu’au 24 octobre 2018, à 20 heures

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs