5 mai 2014
Orphée et Eurydice, Pina Bausch illumine Garnier

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Spectacle phare de la saison 2011-2012, Orphée et Eurydice de Pina Bausch est à nouveau à l’affiche de l’Opéra Garnier jusqu’au 21 mai. Créée dans les années 1970, cette oeuvre expose déjà plusieurs thèmes chers à la chorégraphe allemande, dont la solitude, la violence ou encore la fragilité de l’homme. Ces thèmes sont magnifiquement mis en valeur par la partition de l’opéra de Gluck, les coeurs du premier tableau notamment accompagnent la scène de la mort d’Eurydice d’une musique sépulcrale glaçante. Mais c’est dans le deuxième tableau, à l’occasion de l’entrée dans les enfers, que la chorégraphe allemande exprime le mieux la violence des rapports humains. La scène est alors peuplée d’âme errantes, fantômes effrayés seulement bon à subir les sévices des gardiens des enfers. Si le personnage d’Orphée joué par Stephane Bullion manque un peu d’humanité, l’arrivée d’Eurydice nous rappelle que c’est la passion qui a conduit l’éphèbe grec au coeur des abimes.

Troublante Marie-Agnès Gilot

Port altier et démarche affirmée, Marie Agnès Gillot campe dès les premiers pas de son solo une Eurydice voluptueuse, caressant l’air de ses bras infinis comme des invitations charnelles. Le contraste est d’autant plus frappant avec le quatrième et dernier tableau. C’est cette fois une Eurydice fébrile et angoissée qui suit alors Orphée sur la voie du monde émergé. Dans un décor devenu subitement vide et glacial, la robe écarlate de Marie-Agnès Gillot ne fait que ressortir la force ou peut être le danger de leur passion. La montée crescendo de la tension dramatique est soulignée par la présence de deux chanteuses, dont la présence exacerbe la panique et la douleur des deux personnages, incapables de ne pas se réunir sur l’instant.
Enfin, si le compositeur allemand donnait à son opéra un dénouement heureux, le ballet de Pina Bausch s’achève sur le corps d’Eurydice inanimé au milieu de la scène, pleuré par son amant. Un corps rouge, autant le témoin de notre fragilité d’homme qu’un avertissement devant la passion ou l’orgueil humain. Et l’occasion ultime de retrouver dans Orphée et Eurydice, un condensé de l’art de Pina Bausch.

Par Florent Detroy

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