15 septembre 2014
On a retrouvé le festival de Deauville!

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Les week-end se suivent et ne se ressemblent pas, sauf côté météo; elle fut radieuse toute la semaine à Deauville qui a finit cette quarantième édition avec un bonheur enfin retrouvé pour les cinéphiles. Tous les films en compétition étaient en effet visibles sur deux jours, à condition d’arriver en avance, avec de  belles réussites comme Infinitely Polar Bear sur un père bipolaire- à la fois drôle et émouvant- ou de vraies pépites comme The Good Lie qui a remporté le Prix du jury. Un film poignant sur ces enfants perdus du Soudan; la guerre civile, le meurtre de leur parents puis la route, plus d’un millier de kilomètres pour quatre d’entre eux qui ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes. Un film américain? Oui, car une fois arrivés au Kenya, dans un camp de réfugiés où ils passeront treize ans, les Etats-Unis leur offrent l’asile et l’occasion de découvrir loin de leurs vaches et de leur village en plein désert ce qu’est notre société de consommation. Une autre guerre commencera alors pour eux sur fond de culpabilité et de ce “juste mensonge” qui fait la trame du film. Abel Ferrara a lui aussi réalisé un film assez peu “américain” en revenant sur les derniers jours à Rome de Pasolini. Travellling sur la ville avec la Passion selon Saint Matthieu en fond sonore ou encore la Callas-le magnifique air de Rosine du Barbier de Séville– pour la fin terrible, battu à mort sur une plage, de ce grand résistant de la pensée. Et même si le film à l’esthétisme imposant peut paraître un peu trop exigeant,  “Etre le pied de biche”, ne pas se rendre:  la pensée de Pasolini reste lumineuse comme lors de cet interview où il affirme “Nous sommes tous en danger” dans un constat qui semble visionnaire.  Willem Dafoe est époustouflant, assumant avec élégance cette homosexualité qui est pourtant montrée ici sous un jour des plus sombres.

Impitoyable Amérique

Dans Love is strange, le couple gay formé par Ben et Georges est au contraire d’une tendresse confondante; il faut dire que ces deux-là ne sont plus tout jeunes, prof de musique pour l’un, peintre à la retraite pour l’autre. Le jour où Georges perd son travail, tout bascule. L’Amérique n’aime en effet pas les pauvres.Tout y va très vite; leur appartement vendu, ces deux intellectuels raffinés se retrouvent l’un sur un canapé, l’autre dans un lit superposé, séparés et hébergés par leur famille. Chopin rythme la cohabitation délicate et la douce descente aux enfers dans un New York vu de l’intérieur. Plus dure sera la chute, ce n’est pas le personnage principal de Things people do qui dira le contraire. Licencié, n’osant l’avouer à sa femme, ce chic père de famille se transformera en braqueur maladroit et justicier pour sauver sa voiture et sa maison, bientôt sans piscine. Avec des magnifiques plans et une musique lancinante, c’est avant tout une atmosphère que le réalisateur Saar Klein parvient à créer, échappant avec talent au traitement habituel façon fait divers. Cela lui a valu un prix spécial lors de la remise du palmarès qui a vu sans surprise Whiplash triompher à Deauville, après Sundance l’an dernier en version court métrage et Cannes. Rien de moins que le Grand prix et celui du public…La chose est rare, mais il vous faudra attendre Noël pour le découvrir. Avant cela, les parents pourront emmener dès la mi octobre leurs enfants voir un vrai bijou de dessin animé, les Boxtrolls où l’on peut voir une parabole du nazisme, l’éloge de la résistance et de la différence, et de la course obsessionnelle à la réussite-ici obtenir un chapeau blanc. On avait pas vu un scénario aussi intelligent depuis longtemps. Bref, ce week-end, à Deauville qui devrait changer de date pour faire face à Toronto (ce week-end a quand même récupéré Mick Jaeger en special guest) on en a vraiment eu plein les yeux de ce cinéma américain indépendant, si exotique et capable d’être si brillant.

LM

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