17 février 2016
Olivier Mantei, le New deal à l’Opéra Comique

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Olivier Mantei qui vient de prendre les rênes de l’Opéra Comique, ce lieu “qui tourne le dos” aux grands boulevards,  est un acrobate. A 50 ans, il a connu l’ âge d’or de la culture publique, de tous les possibles; et doit  désormais se plier au principe de réalité, s’assumer en gestionnaire, d’autant que la salle Favart est actuellement fermée pour dix-huit mois de travaux afin d’installer une ventilation conforme aux exigences actuelles. “On aère”, plaisante-t’il. La salle mais également le répertoire d’une maison qui, à la différence des autres ne possède ni troupe ni orchestre comme à l’Opéra de Paris. Voilà qui ne manque pas de créer une certaine vulnérabilité tout en donnant de la souplesse pour aller vers de nouvelles formes de création et s’ouvrir un maximum à l’extérieur, comme Olivier Mantéi avait pu l’initialiser au Théâtre des Bouffes du Nord en compagnie de Peter Brook. L’art des binômes; ce “pianiste du dimanche, après le foot” a su le cultiver ensuite  avec Jérôme Deschamps dès 2007, donnant une nouvelle jeunesse au Comique, notamment par la création d’une académie lyrique en 2012, destinée à accompagner la nouvelle génération de chanteurs. Une suite logique dans le parcours de cet homme qui enseigna dans le passé la musique et multiplie aujourd’hui les projets qu’il pilote dans un bureau provisoire situé dans le quartier du Sentier, à l’image de ces “errances poétiques et musicales”qui invitent le public courant février à déambuler en soirée sur le chantier de la salle Favart grâce aux artistes Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk.

Comment gère-t-on une aussi longue fermeture? 

L’exercice est assez contraignant, mais ce chantier a constitué une opportunité. D’un côté, nous avons perdu les 1200 places du théâtre, mais d’un autre, on a gagné la possibilité d’aller vers un public qui ne nous était pas familier. Nous allons ainsi proposer aux petits comme aux grands un webopéra le 21 février prochain, une création mondiale, en direct, visible uniquement sur internet et donc gratuite. En juin, nous allons convier tous les mélomanes, mais au-delà, tous les parisiens, à participer à un flashmob, sur le Champs-de-Mars. Ce sera le 18 juin à midi pendant le championnat d’Europe de foot. Avec les conservatoires, les chorales, les clubs, beaucoup d’entreprises,…On va chanter les grands airs du répertoire qui passeront sur les écrans géants de la fanzone de l’UEFA à la façon d’un karaoké. Notre objectif est de rassembler plusieurs milliers de personnes. On total, nous avons une dizaine d’initiatives. En un mot, on aère mais on comble aussi le vide de la fermeture.

L’ouverture du jeune public est-il dans l’ADN de l’Opéra Comique?

Nous sommes tous confrontés à cet enjeu là sans tomber dans le travers que seul le jeune public est important. On a tendance parfois à considérer qu’il y aurait un meilleur public qu’un autre…Il est évident qu’à l’opéra, il y a un challenge qui est celui de la transmission aux jeunes générations de la culture; cela passe également par comment on règle la question du prix des places; c’est d’ailleurs une des motivations que nous avons eu à travers la réalisation de ce web documentaire.

Quels sont vos grands projets pour la réouverture en février 2017?

On va ouvrir avec Fantasio de Jacques Offenbach, mis en scène par Thomas Jolly, qui donnera la couleur de la saison. On est dans la tradition, et en même temps, en permettant à de jeunes artistes de donner leur vision de l’œuvre, on veut apporter de l’air neuf. Toujours l’aération. Ce qui vient d’arriver au théâtre musical, les formes nouvelles qui s’y sont imposées, nous inspire. Tout au long de la saison 2017, le public se verra proposer des œuvres qu’il connait mais aussi des créations. Et vous verrez que parfois, les créations ne sont pas forcément des choses d’aujourd’hui…je ne vous en dit pas plus.
Sur le plan de la production et du modèle économique, la nouveauté tiendra  dans notre volonté d’approfondir les coproductions, notamment avec des partenaires étrangers, et de redonner du temps de préparation aux artistes en se rapprochant d’un travail de troupe. Vous verrez que les levers de rideau vont significativement progresser.

Etes-vous soumis à une obligation d’audience par vos deux ministères de tutelle, celui du budget et de la culture?

Il y a un contrat d’objectif à respecter. Nous sommes soucieux de l’argent public, de la même manière que nous veillons à développer nos ressources propres. Et nous sommes attentifs au remplissage de la salle. C’est l’évidence. On ne programme jamais seulement avec son cœur. Donc la réponse est oui.  

De quoi serait faite votre saison idéale?

Je suis fasciné par la création contemporaine, le renouvellement du répertoire, toutes les tentatives pour d’échapper au syndrome de “musée”. En la matière, on doit croire sans preuve. On ne s’en privera pas en 2017. Mais le répertoire romantique m’intéresse beaucoup,  il est très mystérieux, on y puisera encore longtemps de purs chefs-d’œuvre, dont certains ont été données plus de mille fois  avant de disparaitre. On ne va pas se priver on plus de les exhumer. Donc, c’est ce mix qui est formidable à composer quand on aborde une nouvelle saison. Il y a un équilibre entre fraicheur et prémonition.

Observez-vous un changement dans le monde musical avec les restrictions budgétaires?

Nous avons eu cinquante années formidables d’exception culturelle qui ont permis de créer une véritable industrie protégée et production artistique de premier plan. Cette exception a un coût. Il y a un plancher en-dessous duquel il est impossible d’aller mais le réel s’impose au monde musical, comme à tout le monde. L’enjeu aujourd’hui consiste à préserver cet héritage et inventer un modèle économique qui permet un financement privé plus développé.

La culture est-elle la dernière arme qu’il reste pour résister aux périls?

La culture ne peut faire que du bien. A soi-même et à autrui. Il faut accepter l’idée que la culture ne coûte pas cher par rapport à ses enjeux.

Si vous n’aviez pas obtenu la direction du Comique, où auriez-vous aimé aller?

Je suis producteur dans l’âme donc je m’intéresse plus au contenu qu’à la boite. Mais celle-ci est particulièrement jolie…

Par Laetitia Monsacré

 

 

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