10 mars 2014
Offenbach miniature

avignon 2
A une dizaine de kilomètres d’Avignon, l’Opéra de la cité papale a investi récemment l’Espace Bardi de Védène, rebaptisé l’Autre Scène, à l’heure de l’intégration de la maison historique dans le projet culturel de l’agglomération vauclusienne. C’est dans ce bâtiment en marge du vieux village de Védène que se donne un doublé d’œuvres méconnues d’Offenbach. En marge de ses célèbres opéras bouffe – même si certains sont injustement passés sous silence, ainsi que le démontre de manière éclatante le Barbe-Barbe auquel l’opéra de Nancy vient de redonner des couleurs – le grand Jacques, amuseur attitré du Second Empire, a écrit des pièces d’un acte destinées à des salles aux moyens plus modestes. Caroline Mutel, qui avait déjà présenté avec Sébastien d’Hérin un Orfeo à l’Opéra d’Avignon la saison passée, a choisi de réunir Monsieur Choufleuri restera chez lui et Pomme d’Api devant un public largement composé de spectateurs en culottes courtes.

Tendre Pomme d’Api

La première moque les prétentions de grandeur d’un nouveau riche, Monsieur Choufleuri. Les trois solistes lyriques qu’il a invités pour un concert privé ayant au dernier moment annulé leur contrat, il doit se résoudre à s’improviser chanteur italien avec sa fille Ernestine et l’amant de celle-ci, Babylas, compositeur désargenté auquel le père devra accepter de la marier, la dot incluse, s’il veut préserver les apparences et son statut social. Ponctuée des rires des musiciens en placés arrière-scène, la partition tient surtout lieu d’un complément au vaudeville, et il faut attendre le final pour espérer un peu de consistance musicale et tenter de rehausser le spectacle.
Avec Pomme d’Api, on glisse dans un registre plutôt inhabituel pour Offenbach et fait entendre une tendre satire des mœurs masculines en termes d’amour. Le célibataire endurci Rabastens pour qui les relations féminines ne doivent pas s’éterniser afin d’en garder le plaisir va succomber à la maîtresse de son neveu Gustave à qui il veut inculquer ses principes, Pomme d’Api déguisée en bonne. Le jeu des sentiments finira par combler les jeunes gens sous le regard attendri de l’oncle. Sur cet argument sans prétention, Offenbach a composé une musique agréable, que servent avec un plaisir évident les interprètes. On retrouve en Rabastens le Choufleuri en verve de Philippe Ermelier tandis que Raphaël Brémard incarne la jeunesse de Babylas comme de Gustave. On pourra préférer la Catherine de Ludivine Gombert à l’Ernestine campée par Caroline Gea. Défenseur patenté de l’opérette à la française, Dominique Trottein compose avec l’ensemble orchestral l’Autre Scène et démontre ses affinités reconnues avec ce répertoire aujourd’hui négligé.
GC
Monsieur Choufleuri restera chez lui – Pomme d’Api, Avignon, février 2014

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs