20 novembre 2013
Novembre germanique


Fidèle à ses habitudes, le Mélomaner est allé faire un tour de l’autre côté du Rhin. Son pèlerinage faisait d’abord escale à la Staatsoper de Berlin, qui, en raison des travaux de rénovations du bâtiment historique situé sur la vaste allée Unter den Linden (littéralement « sous les tilleuls »), a pris ses quartiers  depuis mi-2010 au Schiller Theater, édifice de style Art Nouveau dessiné au début du XXème siècle par Max Littmann dans le quartier de Charlottenbourg, à deux pas de la Deutsche Oper – il fut par ailleurs le siège du Théâtre national de Berlin  entre 1951 et 1993.

Don Giovanni en balade

En ce premier dimanche après-midi de novembre, on y a vu un Don Giovanni dont la mise en scène de Claus Guth, entré au répertoire de la maison en 2012, avait d’abord foulé les planches de Salzbourg pour l’année Mozart en 2006, réécrivant le script de Da Ponte en road-movie forestier vaguement hippie discutable. L’affiche vocale est prestigieuse, du moins sur l’affiche. Si Christopher Maltman incarne avec aplomb le rôle-titre, Christine Schäfer n’est plus que le souvenir d’une voix déjà trop légère en son temps pour une Donna Anna, tandis que l’engagement de Dorothea Röschmann en Elvira s’abîme dans des couleurs métalliques. Quant à Rolando Villazon, il reste un Don Ottavio attachant mais bien exotique. Faisant saluer, comme à son habitude, son orchestre sur  la scène, Daniel Barenboïm dirige un Mozart au romantisme appuyé –le rideau tombe d’ailleurs sur l’engloutissement du héros par les Enfers, sans la conclusion légère et morale très dix-huitième siècle.

Une Elisabetta empreint de noblesse

A quelques centaines de mètres de là, la Deutsche Oper programmait, dans le cadre de son cycle Verdi en cette année bicentenaire, un Don Carlo mise en scène par Marco Arturo Marelli. Comme souvent dans cet opéra que Verdi composa pour Paris, donné ici, ainsi que c’est généralement l’usage, dans sa version italienne en quatre actes, on a affaire à une habile scénographie autour des symboles chrétiens, tels ces blocs qui se meuvent pour dessiner une croix. La soirée est incontestablement dominée par l’Elisabetta d’Anja Harteros, toute d’aristocratie naturelle – son grand air « Tu che le vanita » compte parmi les moments forts du spectacle. Revenant en Eboli à sa tessiture natale de mezzo, Violeta Urmana se bonifie au fil du drame. Plus massif et germanique par rapport à ce qu’on entend habituellement pour Philippe II, Hans-Peter König témoigne d’une présence souveraine, tandis que Paata Burchuladze nous épargne les lambeaux quoique son Grand Inquisiteur pourrait montrer plus de puissance. A côté d’un Posa terne – Dalibor Jenis – Russell Thomas affirme une vaillance, voire une impétuosité appréciables dans le rôle de l’infant Don Carlo. Enfin, si elle s’avère parfois un peu lente, la battue de Russell Davies met remarquablement en valeur la partition et un orchestre en bonne forme.

Ultime jalon

Notre périple outre-rhin s’achevait à Cologne, dans la salle de la Philharmonie où Markus Stenz et le Gürzenich Orchester Köln – constitué des musiciens de l’opéra de Cologne, à l’instar de ceux de la Staatsoper  de Vienne qui forment en concert le célèbre orchestre Philharmonique de la capitale autrichienne – refermait l’intégrale des symphonies de Mahler initiée quatre ans plus tôt, avec la Sixième et ses coups de marteau associés à ceux du destin – le dernier ayant été supprimé après la création de la main du compositeur lui-même, par superstition dit-on. Initialement  joué en seconde position, le Scherzo a ensuite été interverti avec l’Andante, et c’est cette version qu’a choisie Markus Stenz, atténuant le contraste entre le repos pastoral du mouvement lent avant la lutte sans merci du finale.  De cette partition puissante, le chef allemand met efficacement en valeur textures et pupitres. Ce Mahler plastique ne renonce pas à l’expressivité, loin de là, mais évite les débordements auxquels d’autres baguettes succombent parfois. En fin de soirée – qui a commencé avec la Symphonie n°94 de Haydn dite « La Surprise » en raison du subit coup de timbale dans l’Andante –  les spectateurs peuvent repartir, contre cinq euros, avec l’enregistrement réalisé en direct…

GL
Don Giovanni, Berlin, Staatsoper, octobre-novembre 2013
Don Carlo, Berlin, Deutsche Oper, novembre 2013
Concert Gürzenich Orchester,  Philharmonie, Cologne, 11 novembre 2013

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs