21 octobre 2016
Nous, les réfugiés et les autres

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Alors qu’un futur centre d’accueil pour migrants situé dans le très chic 16ème arrondissement de Paris a été cette semaine incendié, la semaine dernière, un jeune réfugié afghan est mort percuté par un train à Loon-Plage dans le nord de la France. Il avait 13 ans. Et puis on est passé à autre chose. Comme toujours. Comme d’habitude. Nous avons clairement fait un choix depuis plusieurs années. Celui d’ignorer ce qui se passe autour de nous. De nier l’humanité à nos frères et sœurs fuyant le chaos, fuyant la guerre et l’incertain.

13 ans d’une vie de merde. Il faut être honnête. Mourir percuté par un train en pleine nuit, parce que l’on cherche à rejoindre le Royaume-Uni en se cachant dans un camion, car la guerre est la seule chose que tu as connue avant les routes de l’exil, c’est que tu as eu une vie de merde. Rien de plus.

De la survie

Son grand frère va se réveiller à l’hôpital. Plus de petit frère. Lui, c’est un peu le méga jackpot de vie de merde. A 20 ans, on a conscience de tout. Conscience de sa position d’indésirable. Une spirale destructrice et passé un stade, on appelle ça de la survie, et non pas une vie. Survivre à la mort de son petit frère, survivre à la route de l’exil, survivre aux nuits dans la jungle, dans le camp, survivre au rejet que notre présence produit.

Alors les associations vont écrire des communiqués, les initiés partageront leurs indignations au travers de longs commentaires, et puis le silence assourdissant quant aux conditions inhumaines dans lesquelles vivent les réfugiés retrouvera sa juste place. On oubliera jusqu’à ce que le prochain drame vienne s’inviter aux informations du matin.

Fachos, pas fachos, politisés ou non, en fait, le même pacte a été scellé. Celui de l’ignorance et du mépris. Ignorer le mépris de nos politiciens face à la crise des réfugiés. Ils n’existent pas. Ce sont seulement des parasites pour certains, des chiffres pour d’autres et ce qui permet de meubler des discussions de salons pour le reste. Mais pas plus.

Ignorer que dans notre pays on meure encore de vouloir vivre libre. A 13 ans. Mais il y a la crise et les enfants à gérer, les courses à faire, le film du soir à visionner. Alors les réfugiés…. Et puis avec tout ce que l’on entend sur eux… Est-ce vraiment une bonne idée que d’aller les aider ? Alors, je détourne le regard, et me laisse happer par le tsunami du quotidien…

La misère devenue une norme

Notre France qui lentement s’enfonce, qui lentement dénie le droit d’exister dignement à des gens qui n’ont plus rien que l’espoir d’un jour vivre normalement, sans la crainte continuelle que le futur ne soit pas. Nous ne sommes pas beaucoup sur le terrain. Les attentats, les unes sur ces hordes de migrants qui viennent nous envahir, les médiocres débats sur l’accueil des réfugiés auront eu raison de l’entraide nationale. Les fachos se retrouvent maître sur le boulevard de l’ignominie quand les associations se retrouvent coincés et inaudibles dans une impasse.

Nous, c’est ceux qui se trouvent sur le terrain, pendant une journée, une semaine, des mois pour certains. Ceux qui ont plongés dans ce que l’humanité fait de plus moche, qui ont refusés de laisser la misère devenir une norme. A Paris, Calais, Grande-Synthe et partout ailleurs où des petits camps se construisent, des citoyens, des associations se relaient avec leurs faibles moyens. Réussir là où l’état ne cesse d’échouer.

Il y a eu aussi des maires courageux, mais que l’état a finit par mettre à genou dans le simple but de gagner en popularité ou en pseudo crédibilité face à d’abjects adversaires politiques, des associations sans ressources, des bénévoles qui finissent par craquer face à tant d’indifférence. Des réfugiés qui après tant de mois passés dans des camps, dans des endroits destructeurs sont détruits psychologiquement.

Un enfant de 13 ans est mort la semaine dernière. Silence, voilà que la France ne prend même plus la peine de pleurer décemment une mort injuste. Triste pays que celui des soi-disant « Droits de l’homme ».

Je finirai avec quelques mots écrit par L., un jeune Kurde du camp de Grande-Synthe :« Depuis quand devient-on quelqu’un selon son endroit de naissance ? Et de quel pays parle-t-on ? D’un pays qui utilise des armes et des gaz lacrymogènes contre qui ? Des réfugiés ? Mais quelle honte ! Qui est le véritable ennemi ? Celui qui vient chercher l’asile en Europe où ceux qui mènent des guerres en Irak, au Kurdistan ou en Syrie ? Qui paiera pour cela ? Qui sera juge d’un homme dénué de toute humanité ? Ne nous maltraitez pas, ne nous battez pas, ne nous tapez pas, ne nous punissez pas. Nous sommes comme vous. Nous avons besoin d’une maison, de chaleur et de paix. Paix et amour. »

 

Par Agnès Druel du Club Mediapart

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs