14 janvier 2016
Noël verdien à Madrid

Rigoletto 1

Les conséquences des attentats parisiens ne s’arrêtent pas aux frontières françaises, et les spectateurs du Teatro Real à Madrid venus assister à Rigoletto en font l’expérience, accueillis par des portiques de sécurité. Cette fin d’année est donc placée sous le signe d’un des grands succès de Verdi, dans une production de David McVicar importée de Covent Garden. L’efficacité du metteur en scène écossais n’est plus à démontrer, maintes maisons d’opéra se sont chargées de le faire. Le dispositif mobile créé par Michael Vale esquisse ainsi la salle de réception du palais ducal, la modeste masure du bouffon ou encore le taudis de Sparafucile, sans besoin de céder au réalisme cinématographique. L’originalité du spectacle réside sans doute avant tout dans la crudité avec laquelle les mœurs licencieuses de la cour – chez Hugo, c’était celle de François Ier – sont explicitées, jusqu’à jeter un homme nu sur la fille du comte de Monterone, dévêtue pour être déflorée. Si le texte mentionne l’honneur bafoué de la jeune femme et celui de son père en même temps, rares sont les lectures à s’y attarder avec un telle insistance, éclairant de la sorte les enjeux du drame qui se jouent pour Rigoletto, avec son enfant perdue par le duc de Mantoue. Comme souvent dans le travail de McVicar, l’élément chorégraphique n’est pas laissé de côté.

Des nus et des voix

Avec quinze représentations, ce ne sont pas moins de deux, sinon trois – voire quatre pour le duc – alternatives que propose la distribution vocale. Dans ce que l’on peut considérer comme la deuxième, Francesco Demuro ne ménage pas l’éclat de la séduction donjuanesque du faux étudiant, quand bien même certains incarnations manifesteraient plus de noblesse, sinon de délicatesse. Aucune réserve ne peut être opposée à la Gilda de Lisette Oropesa. La soprano américaine flatte autant l’aigu que la musicalité, et son « Caro nome » s’attache à d’estimables nuances. S’il n’a vraisemblablement pas l’aura de Leo Nucci, Luca Salsi résume l’âpreté de l’humiliation et de la vengeance qui secouent Rigoletto. Barbara Di Castri possède la couleur mate de Maddalena, sans excès d’élégance, quand Sparafucile revient à un solide Andrea Mastroni. On peut encore mentionner le Monterone blessé de Fernando Radó, sans oublier la galerie de seconds rôles, ni les choeurs. Quant à la direction de Nicola Luisotti, il restitue sans s’économiser l’italianità de la partition et son énergie un peu primitive. Le public espagnol ne se laisse pas prier pour y succomber, sauf à se voir rappeler à l’entracte par des choses plus importantes que l’art : pour certains, les affaires n’attendent pas.

Par Gilles Charlassier

Rigoletto – Teatro Real, Madrid, décembre 2015

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