8 mars 2016
Nikolaus Harnoncourt, pionnier de l’authenticité

nikolaus harnincourt

On est en 1952, Nikolaus Harnoncourt a 23 ans, est violoncelliste au sein de l’Orchestre Symphonique de Vienne – l’autre phalange de la capitale autrichienne, à la renommée un peu à l’ombre du prestigieux Philharmonique – quand il fonde avec sa jeune épouse, Alice Hoffelner, le Concentus Musicus Wien, pour jouer le baroque d’une manière alors radicalement nouvelle : sur instruments d’époque, et en revenant aux partitions originales. Ce qui aujourd’hui semble aller de soi pour l’immense majorité des mélomanes, contredisait en ce milieu des années cinquante une pratique musicale qui – pour simplifier – jouait Bach et Vivaldi comme Wagner et Puccini.

L’initiateur du renouveau baroque

Décriée au début, en particulier pour ses problèmes de justesse, qui, faut-il l’admettre, étaient le lot des phases d’expérimentation où tout était à redécouvrir, des instruments au jeu, l’approche fait souffler un vent de fraîcheur sur un répertoire confit dans des interprétations qui sonneraient bien surannées aujourd’hui. Au début des années soixante, avec une poignée d’enregistrements, il pose des jalons essentiels : les Concertos Brandebourgeois et les Cantates de Bach, aux côtés d’un autre apôtre de l’authenticité, le claveciniste Gustav Leonhardt, quand la décennie suivante fera redécouvrir Monteverdi, l’Orfeo et Le Couronnement de Poppée, à la scène également avec la complicité de Jean-Pierre Ponnelle. Ce travail a depuis fait bien des émules, et ceux qui il y a encore trente ans jouaient dans des piscines devant un public clairsemé, remplissent désormais les plus grandes salles du monde, à l’image de Garnier.

Un anti-dogmatique humaniste

Mais le « pape des baroqueux » n’a jamais cédé au dogmatisme de la reconstitution historique, à l’inverse de certains de ses collègues. Ce retour aux sources n’a été pour lui qu’un moyen, pour restituer la fraîcheur et la vérité profonde – et toujours neuve – des œuvres du passé. Sa quête ne s’est pas limité à la musique d’avant Mozart, et il a exploré avec un regard affranchi de traditions parfois discutables les compositeurs romantiques, jusqu’à Gerswhin ces dernières années. Il fut d’ailleurs l’un des premiers à nourrir ce grand répertoire des bénéfices de sa démarche sur le baroque avec des orchestres « modernes ». Une vaste discographie en témoigne, à l’image de ses Beethoven vigoureux, décapés pourrait-on dire, ou de Bruckner à la minéralité quasi cosmique, qui rivalisent avec les légendes.

La routine n’avait pas prise sur un chef qui, ces dernières années, se produisait essentiellement à Vienne, au Theater an der Wien par exemple, dont il occupait parfois la fosse, même si la dégradation de son état de santé le conduisait à raréfier ses apparitions. Le 5 décembre dernier, Nikolaus Harnoncourt a fait savoir, par voie de presse, qu’il se retirait de la vie publique. Il s’est s’éteint samedi dernier, le 5 mars 2016, à un peu plus de 86 ans : un des plus grands musiciens humanistes de notre temps vient de rejoindre l’éternité.

Par Gilles Charlassier

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