19 janvier 2015
New York à l’heure viennoise avec La Veuve Joyeuse

Merry Widow 2
Janvier est une période traditionnellement creuse pour les vols vers New York. Avec -5° sur Times Square, il faut en effet être des plus motivés pour se presser sur le parvis balayé par un vent glacial, même si l’on peut quelques dizaines de blocs plus loin se réchauffer au Met avec une Veuve Joyeuse donnée pour la nouvelle année.L’opérette de Lehár – la plus célèbre du répertoire viennois aux côtés de La Chauve-Souris de Johann Strauss (donnée avec bonheur à l’Opéra Comique en décembre dernier) –  se joue ici en langue locale; Die Lustige Witwe devient ainsi The Merry Widow, permettant au public anglophone de réagir sans retard au comique dont regorge cette histoire d’une riche veuve que l’on veut marier à un natif de Pontevedro pour sauver le pays de la banqueroute.
Seconde de l’histoire du Met après la mise en scène de Tim Albery créée en 2000, celle de Susan Stroman, se contente d’inscrire l’intrigue dans un décor élégant et un peu lisse d’un Paris 1900 kitch comme on l’imagine sans doute outre-Atlantique. Les drapeaux bleu-blanc-rouge du fronton de l’ambassade du Pontevedro dans la capitale française s’affichent en berne, sans qu’un spectateur européen ne puisse démêler ce qui tient de la crise économique du petit état imaginaire ou de la sinistre actualité. Les incontournables grisettes exhibent leurs jupons couleur cocarde sur une chorégraphie généreuse en lancers de jambe et stéréotypes, et l’ensemble forme un écrin aux apparitions et aux robes de Renée Fleming.

Ecrin pour une diva

Car, indubitablement, le spectacle est conçu pour mettre en valeur la gourmandise vestimentaire de la diva américaine, qui célèbrera dans les prochains mois son soixantième anniversaire. On reconnaît la texture d’une voix que Solti surnommait « double crème », tout autant que des allures « grande dame » un rien exagérées et superficielles, à l’expansivité des sentiments plus grande peut-être que la sincérité. Au demeurant, le jeu d’acteur et les situations ne cherchent nullement à dépasser les images d’Epinal, à l’instar du baron Zeta incarné par le vétéran et encore solide Thomas Allen. La production permet d’entendre une palette de solistes passés par le Lindemann Young Artist Development Program, sorte d’atelier lyrique du Met où se perfectionnent des talents prometteurs. Le Danilo de Nathan Gunn en constitue un remarquable avatar et affirme un baryton d’une indéniable assurance. On appréciera l’élan juvénile d’Alex Shrader en Camille de Rosillon, flirtant avec la Valencienne très soubrette de Kelli O’Hara.
Déjà à la baguette en 2000, Andrew Davies anime l’ensemble avec savoir-faire, sinon routine. Inutile de bousculer le spectateur pour les fêtes. Iolanta et Le Château de Barbe-Bleue, dirigés par Valery Gergiev en février, se chargeront de le faire.
Gilles Charlassier

The Merry Widow, Metropolitan Opera, New York, janvier 2015, reprise en avril-mai 2015 avec Susan Graham

 

 

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