2 décembre 2017
Nantes sous le signe du baroque

 
Il n’y a pas que Versailles et quelques autres lieux consacrés par le mélomane parisien amateur de baroque, un répertoire désormais bien en vogue depuis le travail des pionniers Harnoncourt, Kuijken et autres Christie et Savall depuis un demi-siècle. L’Angers Nantes Opéra tire habilement parti des dimensions idéales de ses salles, entre 700 et 900 places, pour lui laisser une place de choix dans sa programmation, nouant un fidèle partenariat avec Baroque en scène, qui a son siège dans l’agglomération nantaise. L’ouverture de cette présente saison lyrique en témoigne, avec un Couronnement de Poppée de Monterverdi qui eut le théâtre dans le sang, confié au complice duo Patrice Caurier et Moshe Leiser, ce dernier secondant Gianluca Capuano dans la fosse, quelque semaines avant que le Jardin des voix, conçu pour de jeunes solistes par William Christie et ses Arts Florissants en sa demeure dans la Vendée voisine, ne vienne ouvrir sa nouvelle tournée au Théâtre Graslin, dans la capitale historique de la Bretagne.
En cette fin d’automne, l’institution nantaise et angevine fait revenir un attelage que l’on avait déjà applaudi l’année dernière, dans la savoureuse et pédagogique Guerres des théâtres, spectacle reconstituant la naissance de l’opéra comique au siècle des Lumières sur les tréteaux de la Foire, livrant bataille à la fois contre la Comédie Française et l’Académie royale de musique, autrement dit l’Opéra, l’une et l’autre jalouses de leurs privilèges, et ne voulant souffrir de concurrence. La production Atys en folie, fruit des inlassables recherches de Françoise Rubellin, en collaboration avec les musiciens de la Clique des Lunaisiens d’Arnaud Marzorati, et le travail de mise en scène de Jean-Philippe Desrousseaux, invite à redécouvrir un genre, la parodie de la tragédie lyrique, avec à partir de la floraison suscitée par l’ouvrage préféré du Roi Soleil, Atys de Lully.
 
Le goût de la parodie
 
A une époque où on ne savait pas encore graver les disques et où ne connaissait guère davantage l’usage d’internet, les parodies étaient un moyen de diffuser, dans des formats plus légers, et sous un mode humoristique, les grandes œuvres lyriques de l’époque, avant que le piano ne se charge à l’ère romantique, de faire entrer les grands airs d’opéra dans les demeures bourgeoises. Ces parodies étaient données dans les théâtre de la foire, qui n’avaient rien de scènes de second rang, et brassaient toutes les couches sociales lors des  grandes foires commerciales de Saint-Germain et Saint-Laurent.
Evidemment le rire est de mise, jusqu’à satiété scatologique parfois – on n’avait pas alors le tabou linguistique d’aujourd’hui sur ces manifestations du corps – et les dieux et héros des opéras royaux descendent dans la cour d’une ferme, perdant sensiblement de leur lustre. Dans le décor de carton-pâte dessiné Antoine Fontaine et Edith Dufaux-Fontaine, marionnettes et solistes se succèdent dans une redécouverte d’un genre qui a connu son heure de gloire – interdit de chanteurs et de comédiens, le théâtre de la foire a trouvé un subterfuge en  ressuscitant l’art des marionnettes. On retiendra en particulier la Cybèle travestie, déesse devenue matrone décatie en la voix et présence gourmandes d’Alain Buet. Côté musical, La Clique des Lunaisiens saupoudrent un éclectique échantillon baroque, qui ne se limite pas à la partition originale, comme cela était déjà le cas à l’époque – sans craindre même certains anachronismes.
Après ce spectacle où la parole prend souvent le pas sur le chant, l’Angers Nantes Opéra réinvestira les gosiers avec Rinaldo de Haendel en janvier, sous la houlette de Bertrand Cuiller et son Caravansérail. Les amateurs pourront encore mettre le cap à l’ouest.
 

Par Gilles Charlassier

 

Atys en folie, Nantes et Angers, novembre-décembre 2017
Rinaldo, Nantes, janvier 2018

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs