4 mai 2016
Nantes à l’heure de la République espagnole

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S’il cultive les fidélités, à l’instar des metteurs en scène Emmanuelle Bastet ou Patrice Caurier et Moshe Leiser, l’Opéra de Nantes s’ouvre aussi à l’inédit, ce qu’il démontre avec la création contemporaine, qui tient usuellement l’affiche au moins une fois par saison. Cette année est placée sous le signe de la république espagnole avec Maria Republica, commande passée à François Paris, qui livre ainsi son premier opus lyrique. Le livret est tiré d’un roman homonyme d’Agustín Gómez-Arcos – lui-même reprenant une pièce de théâtre princeps interdite par la censure franquiste – qui retrace la vengeance d’une jeune femme dont les parents ont été assassinés par les fascistes, avec la complicité de sa tante. Prostituée atteinte d’une infection non précisée et que sa condition rend contagieuse, Maria quitte sa marginalité pour revêtir la condition de religieuse, à la satisfaction de sa famille qui croit y voir la conversion et la rédemption attendues. La novice en jouera le jeu, semé de rituels aux confins du satanisme, jusqu’à troubler le spectateur, et rendre l’exécution de la revanche encore plus frappante lorsqu’elle mettra le feu au couvent.

Une création fascinante

Loin d’éluder la violence du propos, le texte, comme la mise en scène de Gilles Rico, souligne l’emprise vénéneuse du pouvoir et de la domination. Articulé autour de panneaux mobiles aux motifs que l’on peut imaginer mauresques – référence hispanisante sans doute – le décor imaginé par Bruno de Lavénère privilégie une évocation minimale appuyée par les lumières et les brumes d’encens, et esquisse habilement les espaces du monastère. Enrichie d’effets électroacoustiques produits par Antescofo, programme conçu par l’Ircam, la partition, d’une virtuosité redoutable, se révèle d’une puissante expressivité. Sans succomber à l’aridité, ni la complaisance, elle favorise, au diapason de l’intrigue, une fascination évidente.

La voix à l’honneur

La modernité exigeante de l’oeuvre ne sacrifie pas l’écriture vocale, qui préserve généralement le naturel de la prosodie. Dominé par la fébrile Sophia Burgos dans le rôle-titre, à laquelle fait face la perverse Mère Révérende de Noa Frenkel, le plateau fait appel à l’ensemble Solistes XXI, préparés par Rachid Safir, où l’on distingue en particulier Els Jannssens Vansmunster en bigote Doña Elisa, que l’on retrouve dans une Soeur Psychologue toxicomane aux limites de la folie, ou encore le Christ sauvage de Benoît-Joseph Meier, loin de l’obéissant Don Modesto. Enfin, à la tête de l’Ensemble Orchestral Contemporain, Daniel Kawka porte avec une conviction exemplaire cette pièce puissante et originale qui mériterait bien davantage que les cinq représentations nantaises. L’engagement de la capitale bretonne en faveur de la création se confirme d’ailleurs avec Svadba, ouvrage entièrement a cappella, porté sur les fonds baptismaux à Aix l’été dernier.

Par Gilles Charlassier

Maria Republica, Nantes, jusqu’au 28 avril 2016

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