9 août 2017
Mozart sous le chant des cigales

 

Passer à La Roque d’Anthéron au milieu de l’été, c’est s’offrir une parenthèse musicale baignée par la chaleur et les cigales, à peine perturbée par les files qui se forment devant les portiques et autres mesures de sécurité censées rassurer les spectateurs – et les autorités préfectorales, surtout – donnant, vu depuis le village, au Parc du Château de Florans des allures de bastide. Mais les menaces de l’actualité restent heureusement sans effet sur la gourmandise de la programmation concoctée par René Martin pour une trente-septième édition où s’étancheront les habituels appétits des amateurs de l’ivoire et blanche, présentée dans les accommodements les plus variés, du solo au concerto, en passant par le répertoire de chambre. C’est d’ailleurs sous cette dernière mouture qu’elle s’offre pour une Nuit Mozart consacrée aux Sonates pour violon et piano, parfois tenues pour de moindre importance, ce à quoi le duo formé par Renaud Capuçon et Kit Armstrong apporte un lumineux démenti, dans une sélection de six partitions au sein d’un corpus un peu trop généreux pour une intégrale en une seule soirée.

L’élégance de Renaud Capuçon

Equipé d’un poncho en plastique distribué préventivement avant le début d’un marathon finalement à peine saupoudré par quelques gouttes d’un nuage d’orage qui ne rafraîchira guère la fournaise provençale, le public plonge ainsi dans deux sets de trois sonates où la fluidité reconnaissable du plus célèbre violoniste français du moment ne néglige jamais les élégantes demi-teintes d’une mélancolie discrète. Soutenu par la clarté du jeu de son partenaire, il esquisse le sourire subtil de la Sonate n°23 en ré majeur, K. 306, conjuguant rondeur et dynamique alerte. Le dialogue entre les deux solistes laisse émerger l’originalité de la n°27, en sol majeur, K. 379, et deux mouvements : introduit par un Adagio, l’Allegro initial, ses modulations tourmentées et ses silences éloquents, mais sans dramatisation hors de propos, cèdent à un Andantino cantabile apaisé, détaillant une admirable maîtrise de l’art de la variation. La n°32, en si bémol majeur, K. 454, fait, quant à elle, respirer la maturité du compositeur salzbourgeois.

Au retour d’une pause, au cours de laquelle plus d’un a pu se restaurer dans l’enceinte du parc, le duo restitue la fantaisie de la Sonate n°20, en ut majeur, K. 303, qui, inhabituellement s’achève sur un Tempo di minuetto. Le goût pour une patine que d’aucuns qualifieront d’apollinienne se confirme dans les n°33 et 34, en mi bémol majeur, K. 481, et la majeur, K. 526. De la première, on retiendra le tendre lyrisme de l’Adagio central, tandis que la seconde réserve un Andante songeur et raffiné, avant un Presto brillant. On reste avec le divin Amadeus pour le bis, l’Allegro de la K.304, en mi mineur. Les cigales ne se plaindront pas d’une telle compagnie.

Par Gilles Charlassier

Festival de La Roque d’Anthéron, Nuit Mozart, 1er août 2017, concerts du 21 juillet au 19 août 2017

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