7 septembre 2016
MOMA/ New York met Nan Goldin à l’honneur

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Le musée  d’Art Moderne de New York (MoMa) expose jusqu’en février 2017 “The Ballad of Sexual Dependency” de Nan Goldin. Trois milles chanceux ont pu voir cette projection en juillet 1987 au Rencontres d’Arles. Un diaporama en musique qui révéla Nan Goldin, et permis à “The Ballad of Sexual Dependency” d’acquérir au fil du temps le statut de chef d’oeuvre. La ballade sera reprojetée en 2009 aux mêmes Rencontres avant d’arriver ici, au deuxième étage du prestigieux MoMa où un mur noir et une phrase annonce la couleur: “This installation contains imagery that may not be suitable for all visitors”. Accueilli dans une première salle, le public se retrouve  face à la présentation de “The Ballad”: affiches, flyers, dessins et photos sous-titrés à la main. Les premières présentations intimes,  petites expositions, sorties minimalistes issues des archives personnelles de Nan Goldin. Sur une longue vitrine on découvre le prototype de la maquette originale avec 10 doubles pages présentées ouvertes, les photos y sont scotchées avec soin.

Comme un journal underground

On pénétre ensuite dans une grande pièce rectangulaire très haute de plafond. Les 15 tirages  40×60 “Silver dye bleach” imprègnent tout l’espace, l’intensité de ces photos étant servie par un éclairage parfait et un sol gris neutre.

Un rideau et une salle de projection entièrement plongée dans le noir accueille ensuite le visiteur pour le coeur, le point d’orgue de l’exposition: “le diaporama”. 690 photos s’enchainent sur des musiques, de Dionne Warwick, avec “Don’t Make Me Over” à Charles Aznavour “Tu t’laisses aller”que l’on peut découvrir assis sur une des grandes banquettes ou à même le sol. Une photo toutes les trois secondes, c’est ainsi que s’enchaîne pendant 45 minutes les années 70 et 80 à Boston, New York, Berlin. Une oeuvre dense, un journal underground puissant où la fête, les boites de nuits, le sexe, la violence, l’héroïne sont photographiés au coeur de l’événement.  L’ensemble est photographié “sans façon” et progresse telle une oeuvre émouvante et attachante avec les déjeuners sur l’herbe, les magasins, les cimetières, les portraits de personnes âgées, les couples gays ou pas. Photographier sa vie devient une recherche autant psychologique que sociologique. Le diaporama défile comme un immense poème personnel avant la chute de l’époque Sida, c’est une séquence d’ histoire qui parade devant/sous nos yeux. Le seul reproche que l’on peut faire? La forme, avoir des photos agencées par groupes:  drogue,  portraits de gays, sexe, etc. Un assemblage-métissage articulé autour d’un fil conducteur pertinent aurait amplifié et sublimé l’oeuvre. Mais peut-être est-ce le diaporama d’origine, inchangé et livré tel quel?

Dédiée à sa soeur Barbara, “La Ballade de dépendance sexuelle” reste cependant une oeuvre puissante et  libre, qui vivra encore longtemps, comme l’amour, la violence. Un vrai coup de poing dans la gueule: N’est-ce pas Nan?…

Par Dominique Vautrin
 Nan Goldin: The Ballad of Sexual Dependency jusqu’au 12 février 2017, Contemporary Galleries, second floor au MOMA

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