8 janvier 2016
Molière en musique à Versailles

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Un an après Charlie, c’est patte blanche qu’il faut montrer pour franchir l’enceinte du château de Versailles, place d’Armes et aller à l’Opéra royal : des gardes en noir veillent à ce qu’un terroriste du soir ne vienne pas s’approcher impunément du portail doré de la cour de Marbre. Dernière production des Arts Florissants soutenue par la Basse-Normandie et la ville de Caen – où le spectacle a été créé le 17 décembre dernier –, Monsieur de Pourceaugnac voisine avec Le Bourgeois Gentilhomme dans le registre des comédies-ballets que Molière écrivit en collaboration avec Lully.
Pour cette pièce devenue rare sur scène, le légendaire William Christie retrouve Clément Hervieu-Léger – après une Didone de Cavalli que l’on avait vue au Théâtre des Champs Elysées il y a trois ans. A la reconstitution baroque, le sociétaire de la Comédie-Française a préféré replacer l’intrigue de ce provincial limousin montant à Paris pour un mariage arrangé dans la France de l’après-guerre. Dans un décor sobre, sinon minimaliste de panneaux mobiles, la farce assaisonnée de sabirs plus hispanisants qu’italiens – si l’on suit les intentions du metteur en scène et l’apparition du faux napolitain roublard – prend un tour plus sinistre quand Pourceaugnac déguisé en femme suscité la convoitise de soldats en faction à l’accent teuton prêts à la violer, quand la caricature du corps médical est discrètement modernisée, sans trahir le texte original. Une belle preuve que la langue du dix-septième siècle de Molière peut très bien parler la nôtre, sans oublier l’accompagnement par les « Arts Flo » et sa dizaine de musiciens, parfaitement au fait du style de Lully.

GL

Monsieur de Pourceaugnac, Opéra royal de Versailles – jusqu’au 10 janvier 2016

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