19 mai 2012
Mignon à Genève

 

Inspiré par le roman de Goethe, Les années d’apprentissage de Wilhem Meister, Mignon narre les aventures d’une jeune fille qui, abandonnée à la tyrannie du bohémien Jarno, est rachetée par Wilhem Meister, un étudiant, une fois n’est pas coutume, riche. Emmenée en convalescence en Italie après l’incendie du théâtre de Philine, elle tombera dans les bras de son libérateur et retrouvera en Lothario le Marquis de Cypriani, son père qui avait perdu la raison en même temps que son enfant. Opéra comique, c’est-à-dire avec des dialogues parlés et non des récitatifs – le compositeur en écrira par la suite pour se conformer aux usages de l’Opéra de Paris – il reste l’un des plus grands succès du dix-neuvième siècle – la millième représentation eut lieu moins de trente ans après la création en 1866. A part le célèbre « Connais-tu le pays » de Mignon et la polonaise de Philine (« Je suis Titania la blonde »), il est tombé par la suite dans un semi-oubli, d’où la salle Favart l’a tiré en 2010, dans une mise en scène de Jean-Louis Benoît.

Reprise n’est pas répétition

C’est cette production aux cartons-pâtes évocateurs d’un temps que l’on croyait révolu qui s’invite au Grand-Théâtre de Genève. Le plateau étant ici beaucoup plus large qu’à Paris, les marges du décor tendent à épurer l’impression d’ensemble, quand bien même une partie des éléments ont été reconstruits dans les ateliers de la maison genevoise pour s’adapter au format de la scène – le salon de Philine prend ainsi des dimensions moins intimistes. Preuve s’il en est que, même les yeux tournés vers la scène, le décorum de la salle influence de manière non négligeable la perception du spectacle. Autre changement significatif, la scène finale. Tandis que les soirées parisiennes s’achevaient sur la version heureuse, l’issue est ici plus dramatique – et conforme à l’original goethéen – Mignon meurt dans les bras de son amant. Le mot reprise a donc là tout son sens – recréation plutôt que copie conforme, travail beaucoup plus intéressant d’ailleurs, selon l’aveu du metteur en scène lui-même, qui permet de découvrir d’autres facettes de l’ouvrage d’Ambroise Thomas.

Un luxueux plateau vocal

Changement de format aussi côté voix, avec en premier lieu l’incarnation du rôle-titre par Sophie Koch – qui a déjà promené le personnage sur plusieurs scènes françaises. Excepté des vocalises rétives au génie de son instrument, la mezzo française compose un portrait touchant et crédible de la jeune fille, inquiète et avide d’amour, aussi riche d’harmoniques que d’inflexions psychologiques. Revêtue d’une certaine componction théâtrale qui sied parfaitement à cette coquette très courtisane, Diana Damrau pare Philine d’une cruauté que sa joviale prédécesseure à Paris ne laissait pas soupçonner. Diction impeccable, Nicolas Courjal émeut en Lothario errant, tandis que Carine Séchaye porte merveilleusement l’impétueuse adolescence de Frédéric. Doté d’une lumière dans le timbre qui semble le destiner au répertoire français, Paolo Fanale fait regretter une prononciation perfectible, défaut que partage dans une moindre mesure le Laërte très méridional d’Emilio Pons, en troupe à l’opéra de Genève et dont on se souvient du Facteur dans Juliette en février dernier. Prenant le relais de François-Xavier Roth, Frédéric Chaslin impulse à l’Orchestre de la Suisse Romande un dynamisme vigoureux qui parvient à compenser la relative mollesse dramatique de l’ouvrage.

Par Gilles Charlassier

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