5 juin 2019
Michel Serres, le philosophe joyeux

 

88 ans est-ce le bel âge pour mourir? A voir Michel Serres, le sourcil en bataille, la pensée aussi pétillante que son discours- la réponse est non. L’auteur de Petite Poucette, revenant sur notre addiction aux smartphones et cette façon de sursolliciter nos pouces, avait sur notre époque un regard lucide et d’une jeunesse rare. Passé récemment dans la Grande Librairie, il répétait son leitmotiv-“il faut aller voir ailleurs”. L’Ecole Normale l’avait conduit à la philosophie qu’il avait associé aux sciences; Au Dieu grec Hermès, il avait consacré pas moins de cinq livres, tout comme à la violence avec son ouvrage Le temps des crises, particulièrement observateur de notre époque et de nos sociétés. Hiroshima, c’est le début de l’engagement avec cette idée que : “L’humanité devient une espèce en voie d’éradication en raison non pas de son environnement, mais de ses propres productions.” De l’écologie, il était un fervent défenseur, défendant l’initiative de Greta Thunberg , l’occasion d’alarmer sur les dérives actuelles. Gascon, il avait gardé cet accent certain, amateur de rugby et fidèle à cette région qui le portera en terre. C’est en effet à Agen-là même où une avenue porte son nom- qu’il sera enterré cette semaine, sa “ville”, loin du parisianisme auquel il ne s’accordait guère. Car, Michel Serres était un homme entier; sans compromis- compromission, il tenait un discours au dessus de la mêlée, sans jamais se renier. Cela ne l’empêcha pas de devenir académicien et de vulgariser la philosophie des sciences avec talent.

LM

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs