6 septembre 2018
Martha Graham, un retour éblouissant à Paris

« Il y toujours une personne que vous touchez dans le public ». Les mots de Martha Graham résonnent dans l’Opéra Garnier, un vieil enregistrement de celle qui fut la plus grande chorégraphe américaine, née à la fin du XIX ème siècle et, apanage des plus grands, qui apparaît au XXI ème siècle toujours aussi moderne. Elle prononça ces mots à l’issue d’une représentation de son célèbre solo créé en 1930, Lamentation, dansant enroulée dans un tube de jersey, après qu’une mère ayant perdu son fils de neuf ans lui ait dit qu’en la voyant danser, ses larmes avaient enfin pu sortir. C ‘est donc avec un immense bonheur que le public mercredi soir a pu retrouver trois variations autour de cette oeuvre dansée par la-trop rare en France- Martha Graham Danse Company, plus ancienne compagnie aux États Unis. Tristement redevenue d’actualité avec le 11 septembre 2011, Lamentation est désormais l’occasion de demander à des chorégraphes de créer sur le thème de la perte avec, parmi les quinze variations créées depuis, celle de Bulareyaung Pagarlava qui, sur un envoûtant extrait des Chants d’un compagnon errant de Gustave Mahler et les lumières sculptantes de Beverly Emmons a offert un moment d’une grâce inouïe après celui tout autant émouvant du solo Ekstatis, cinq minutes 30 où les Parisiens eurent le privilège de retrouver sur la scène Aurélie Dupont, ancienne étoile de l’Opéra de Paris, désormais aux commandes avec un bonheur certain du Corps de ballet.

L’occasion de redécouvrir comment tout l’art de Martha Graham tient dans le “mouvement premier”, le corps transformé en sculpture vivante. “On n’invente pas un mouvement, il doit être découvert” comme l’illustra Le Sacre du Printemps qui sous la baguette alerte du chef invité Christopher Rountree, acheva la soirée avec, en élue sacrifiée au rite, la sublime Peiju Chien-Pott, et toute une compagnie qui apporta une certaine mixité et modernité (les tatouages sont rares sur les corps des danseurs classiques) sous les ors de Garnier avec une mise en scène magnifiée par les projections de Paul Lieber et les lumières de Solomon Weisbard. Et comme la danse ne s’arrête jamais, sur le perron de l’Opéra, des danseurs de tango offraient à la sortie un “after” des plus réjouissants à cette belle ouverture de saison.

Par Laetitia Monsacré

Martha Graham Danse Company, à l’Opéra Garnier jusqu’au 8 septembre 2018

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