14 mai 2019
Manon au plus près du théâtre

 

Olivier Py est un metteur en scène prolixe, et à la pâte reconnaissable. Sa production de Manon, créée à Genève l’an dernier, puis importée à Bordeaux au mois d’avril, avant d’arriver sur le plateau de l’Opéra Comique en témoigne. Le dispositif scénographique, conçu par son partenaire de toujours, Pierre-André Weitz, ne fige pas l’héroïne de Massenet dans le pastiche du siècle de l’Abbé Prévost. Sous les néons de Bertrand Killy, l’allure proxénète du commerce de Lescaut est accentuée. L’argent et le sexe sont explicitement les mamelles du drame. Au-delà d’effets parfois un peu prévisibles, avec ce qu’il faut de contorsions chorégraphiques à la plastique avantageuse, on retient des idées sensibles, à l’exemple de l’ultime scène, où Manon meurt en tenue de gala, brillant des mille feux de ses désirs et illusions.

Cette conception très théâtrale est relayée par une distribution qui privilégie la déclamation. Dans le rôle-tire, Patricia Petibon n’a pas besoin d’avoir l’âge de son personnage pour se révéler d’une crédibilité qui fait oublier l’évolution de la voix. Plus que la vérité des notes, c’est d’abord celle des sentiments qu’elle détaille avec un instinct évident. En Lescaut, Jean-Sébastien Bou mobilise son métier pour en faire un portrait vivant, qui privilégie la précision de la diction. Frédéric Antoun dévoile le lyrisme juvénile du Chevalier Des Grieux, au risque de laisser affleurer la fragilité de certains aigus. Laurent Alvaro ne manque aucunement la présence patriarche de son père, le Comte.

L’orchestre, relais de la scène

A rebours des ténors émérites auxquels on confie la lubricité jalouse de Guillot de Morfontaine, Damien Bigourdin surprend par la discrète préciosité de son élocution, qui cisèle une psychologie plus complexe que la simple vengeance du vieil aristocrate. Philippe Estèphe ne démérite aucunement en Monsieur de Brétigny, quand Olivia Doray, Adèle Charvet et Marion Lebègue composent un savoureux trio de demoiselles – Poussette, Javotte et Rosette.

Outre les choeurs de l’Opéra national de Bordeaux, remplissant honorablement leur office, les Musiciens du Louvre – succédant, à Paris, à l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine qui avaient assuré les représentations girondines – respirent, sous la direction de Marc Minkowski, une vitalité oubliant sans doute l’acoustique sonore de la salle Favart, et redoublant une certaine sécheresse théâtrale que l’on aurait bien compensée par la rondeur sentimentale de l’orchestration de Massenet. Mentionnons pour finir, le partenariat avec l’Académie des Musiciens du Louvre et le Jeune Orchestre de l’Abbaye de Saintes, qui offre une opportunité à de jeunes instrumentistes de se mêler avec leurs aînés dans une production grandeur nature.

Par Gilles Charlassier

Manon, Massenet, Opéra Comique, mai 2019

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