15 novembre 2013
Magnifiques losers

Le cinéma nous a souvent habitués à de super héros ou des personnages pour lesquels cela finit souvent bien; pas grand monde n’a en effet envie – a fortiori en plein mois de novembre, de ressortir sous la pluie après avoir passé une heure et demie bien plombante lui rappelant à quel point la vie peut n’être qu’un long chemin semé d’échecs. Ainsi ce Llewin Davis, chanteur dans le New York pré Bob Dylan, largué par sa copine, sachant à peine où dormir, qui finira  par abandonner ce chat qui lui donnait un semblant de vie sociale après un périple en plein hiver dans l’Est américain. Joué magnifiquement par l’acteur Oscar Isaac, c’est également lui qui chante ces chansons country à vous tirer des larmes comme cette “Mort de Queen Jane”-morte en couches au nom de la couronne d’Angleterre “Si je perds la fleur, je me dois de perdre aussi la branche” ; voici les mots du roi, sublime ballade censée lui faire signer le contrat qui enfin fera de lui un artiste labellisé.  Mais non, son destin n’en sera jamais un, il rangera sa guitare, résumant par ce qui est sans doute le plus beau chant de la bande originale, la suite de sa vie par “Hang me, oh Hang me- Pendez-moi, pendez-moi, je serai mort et ailleurs (…), j’ai eu tellement faim que je pourrais me cacher derrière une paille, alors mettez la corde autour de mon coup, et pendez-moi haut et court”… Une sorte de chant du cygne qui fait en bien des points penser aux écrits d’une autre “incomprise” à découvrir dans le film Violette Leduc, femme à la vie ô combien chancelante qui eut la chance que Llewin Davies n’aura pas eue, rencontrer quelqu’un qui lui donnera la chance d’aller jusqu’au bout, de sortir de ses doutes et de la misère: Simone de Beauvoir. A la froideur pourtant bienveillante-impeccable  Sandrine Kiberlain, elle n’aura de cesse de soutenir avec dureté cette jeune femme “vos pleurs, vos larmes ne vous feront pas avancer, votre écriture, si” jouée par Emmanuelle Devos qui trouve là un rôle magnifique dans cette femme marquée par la solitude,  dont la vie ne fut pendant longtemps que souffrance. “Qu’est ce que je t’ai fait?” lui demandera ainsi sa mère. Et dans un hurlement de lui répondre “Tu m’as faite” -tout est dit;  la folie, la misère, puis le salut par l’écriture jusqu’à trouver avec la Bâtarde enfin la reconnaissance et la paix.  Le film se finit sous le soleil de Provence. Ouf, il en fallait un peu pour retourner se cogner à l’extérieur après ces deux films où le combat mené par ces deux artistes “blessés d’être nés” n’aura, au final, pas la même issue.

AW

Voilà la chanson Hang me, oh Hang me version Oscar Isaak, gare aux frissons…


Bande annonce de Violette Leduc

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