7 mai 2016
Madame Irma vous parle du fascisme

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L’appétit de l’électorat pour l’extrême-droite, où le protectionnisme économique s’accouple souvent avec des relents racistes maquillés en « préférence nationale », est désormais une évidence, qui ne se limite plus à la Vieille Europe. Avec l’investiture républicaine désormais acquise pour Trump, il est parti à la conquête de l’Amérique. Et nul besoin d’allonger le peuple sur le divan pour sentir, à l’instar d’Elisabeth Roudinesco, un désir de fascisme, dont la France n’a aucunement l’exclusivité.

Vengeance et punition

Sous un voile d’exigence d’égalité, c’est d’abord un besoin d’hostilité, de vengeance et de punition qui s’exprime. Hostilité contre une vague d’immigration qui menace l’homogénéité de la cohérence démographique. Vengeance et punition contre des étrangers qui, en exerçant leur droits, en priveraient les français « de souche » ; contre des riches et des multinationales, délinquants en cols blancs contournant les règles de l’imposition fiscale ; contre des réseaux criminels où trafics de drogues et de misère humaine, terrorisme mondialisé et fortune des radicalisations religieuses ferment de ségrégation et de sang, se nourrissent de la passivité complice de nos élites face à l’irréductible montée des inégalités, sociales comme économiques.

Au nom de la réalité

Le seul remède proposé par la classe politique et ses chroniqueurs affidés ? Refouler cet instinct populiste au nom du principe de réalité. C’est d’ailleurs ce à quoi s’emploient désormais quotidiens et magazines : démontrer les incohérences économiques du Front National ou de Donald Trump, alors que, reportage à l’appui récemment diffusé, les partisans du magnat outrancier ont les yeux de Chimène pour leur leader, et se moquent de ses propositions : ils veulent du changement. C’est, au demeurant l’inusable slogan des Le Pen depuis des décennies, ferraillant contre feu « l’UMPS ». A nous resservir les mêmes têtes d’affiche depuis des années aux prochaines échéances de 2017, Marine et ses lieutenants ont toutes les chances d’avoir, enfin, les rênes du pouvoir. Pour faire coïncider désir et réalité, à l’heure où la matraque a déjà gagné sur la parole, la police sur l’éducation, la réactivité de la peur sur le temps de l’intelligence. Punir plutôt qu’éduquer, pour préserver les conservatismes, alors que tous les changements ont été dévalués sur l’autel de la frénésie libérale. La bunkérisation des égoïsmes aura toujours une longueur d’avance.

Par Gilles Charlassier

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs