9 mars 2018
Macbeth, sa Lady et les femmes en général

 

“N’enfantes que des mâles”; telle est l’injonction que Macbeth fait à sa femme dans le premier acte de la plus populaire des tragédies de ce cher William qui, comme tous les grands auteurs des siècles derniers, demeurent à jamais modernes. Ce jeudi soir, Journée internationale des droits des femmes, il est là, campé par un étourdissant Adama Diop, dont vous pourrez lire prochainement le Il/Elle, sur la scène du Théâtre de l’Odéon pour une création imaginée par l’ actuel directeur, Stéphane Braunschweig que nous avons eu le bonheur d’interviewer du temps où il dirigeait La Colline- lire article. Une mise en scène, que dis-je, une mise en abîme qui débute sur un mur carrelé de blanc-on est loin de la lande écossaise- avec les trois sorcières de la fable Shakespearienne, toutes trois enceintes. “Le laid est beau et le beau est laid”, la prophétie tombe: “Macbeth tu seras roi et Banquo, tes enfants le seront”. Comme du miel, la langue de Shakespeare, traduite avec toute la grâce possible par Daniel Loayza et Stéphane Braunschweig s’offre à une salle comble qui n’aura pourtant que des applaudissements polis; un jeune, croisé à la sortie du théâtre, dira même que “c’est trop long”– 2 heures 25 ( Macbeth est pourtant la plus courte des tragédies de Shakespeare !) me faisant penser à Misia Sert qui à Bayreuth, trouvant elle aussi que Wagner est “long”, se verra répondre par son voisin que “c’est elle qui est un peu courte”.

Couple régicide

Car, non, rien n’est trop long dans ce chef d’oeuvre absolu qui donne à voir toute la folie d’une femme castratrice, y compris pour elle-même, Lady Macbeth, vociférant “Otez-moi mon sexe et remplissez moi de la plus grande cruauté, (…) Mes seins de femme, faites-en couler du fiel”. Montée sur des stilettos, tels deux aiguilles prêtes à transpercer les hommes, toute de noir vêtue dans une cuisine blanche où sont pendus des couteaux, Chloé Rejon incarne celle par qui l’horreur va jaillir, galvanisant son époux ” Vous allez être d’autant plus un homme” pour qu’il tue le roi Duncan, celui même qui pourtant avait “planté” tel un arbre Macbeth et voulais “travailler à (le) faire croître et prospérer”. Et ainsi de prendre la place de ce roi portant costume de ville, cravate et lunettes, qui en arrivant chez les Macbeth s’exclame, loin d’imaginer le funeste sort qui l’y attend: “Le château est plaisamment situé”. Stéphane Braunschweig donne à voir une Lady Macbeth se saoulant à la vodka tout en ourdissant le crime qui, s’il n’advient pas, sera le signe que son époux “débande (ses) forces” devenant alors “une esprit infirme”.

Macbeth s’exécute alors, revenant les mains rouge carmin de sang, s’écriant “Tout l’océan du grand Neptune pourra-t-il laver ces mains?”. Voilà, le crime est commis, “ce chaos vient de produire son chef d’oeuvre”, “levez-vous comme de vos tombes et marchez comme des fantômes pour vous accorder à cette horreur”, “la vie de la vie est tirée, il ne reste que la lie”. Même les chevaux du roi assassiné “sont sortis de leurs stalles”, il faut désormais que Banquo lui aussi périsse ainsi que ses héritiers promis selon l’oracle des sorcières à devenir rois. “Du sang, je l’aime mieux sur toi que en lui” ; Macbeth encourage le fidèle serviteur qui tuera Banquo.

Le bien, une dangereuse folie?

Le sang  n’en a pas finit de couler; bientôt c’est celui d’enfants, un adolescent jouant avec sa tablette et un nourrisson dans son berceau blanc ainsi que leur mère, Lady Macduff, l’épouse que ce dernier a abandonné – ” il y a un géniteur mais pas de père!”- en fuyant en Angleterre avec Malcolm, l’héritier légitime du trône, fils du roi défunt. La salle de l’Odéon frémit-on entend même un “c’est horrible” d’un spectateur découvrant sans doute pour la première fois cette tragédie qui se déroule “dans ce monde où faire le bien est considéré comme une dangereuse folie”. On songe alors à ce “délit de solidarité” dont sont coupables les habitants dans La Roya proche de la frontière italienne qui, comme Martine Landry, 73 ans, risque 30 000 euros d’amende et cinq ans de prison- écoutez la drôlissime chronique de Guillaume Meurice qui l’interviewe sur France Inter du 22 février dernier.

Mais revenons à Shakespeare, avec ce messager qui annonce à Macduff- auquel Jean-Philippe Vidal prête toute sa justesse- la mort de tous les siens : “Puissent vos oreilles ne pas méprisez ma langue”. “Je devine” lui répond Macduff avant d’offrir aux spectateurs présents le moment le plus émouvant de la soirée; “Tous mes jolis petits? Vous avez dit tous?” Le silence est total dans la salle. Il poursuit: “Je dois le ressentir comme un homme, je ne peux oublier qu’ils ont existé, Le ciel a-t-il pu voir cela sans prendre leur parti? “.

La vie n’est qu’une ombre qui marche

Après la peine, vient la colère. “Longue est la nuit qui ne voie le jour se lever”, l’armée menée par Macduff et Malcolm fera du bois de Birnam la forêt en marche qui aura, sur un fond sonore de sirènes, la tête du tyran après que la Lady de celui-ci ne se soit suicidée, rongée par la folie et la culpabilité, devenue somnambule et pleine de TOC, ne cessant de se laver ses mains qui ont fait couler le sang. “Elle aurait du mourir plus tard” commentera Macbeth, assis en tailleur sur son trône. Mais, “ce qui est fait ne peut être défait”. Et comme “la vie n’est qu’une ombre qui marche”, “un conte plein de fureur et qui ne signifie rien”, la tragédie de cet homme qui a voulu devenir roi s’achève. “A tous et à chacun, merci”, Malcolm, nouveau roi d’une Écosse redevenue libre, remercie son armée et les spectateurs. Nous lui retournons la phrase, à lui et toute la troupe des comédiens sans oublier, bien sûr, le génial William.

 

Par Laetitia Monsacré 

Macbeth au Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 10 mars, tentez votre chance pour la dernière, des places sont remises en vente au dernier moment…

 

 

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