15 novembre 2011
Lucie de la Falaise, Loulou in the sky

Un surnom comme une ritournelle, un corps de liane roulé dans une robe de mousseline, le cou paré du cliquetis d’un sautoir de corail, telle était Loulou de la Falaise. La maladie vient d’emporter la muse d’Yves Saint Laurent, trois ans après le maître et ami avec qui elle partagea tout depuis leur rencontre, en 1968, chez leur ami Fernando Sanchez.
Les fous-rires, lovés dans le velours rouge des cafés chics. Le travail, dans le secret des ateliers où elle imaginait maille et bijoux assortis aux créations du couturier voleur de couleurs.
Egérie bohème, femme du monde, Parisienne d’adoption, Louise Vava Lucia Henriette Le Bailly de La Falaise mais vite appelée Loulou de la Falaise, est née en Angleterre. Son père, le comte Alain Le Bailly de la Falaise était français et sa mère Maxime Birley, irlandaise, était le mannequin préféré d’Elsa Schiaparelli. À l’âge de 7 ans, admise dans un internat anglais, puis en Suisse,  elle s’était alors coupée de la réalité, développant son imaginaire. Son adolescence? C’est Londres, alors capitale de la culture pop, de quoi devenir une parfaite bohémienne…Et entrer à  Harper’s & Queen, avant, à la fin des années 60, de suivre sa mère qui vient de se remarier avec le conservateur du Metropolitan Museum à New York. Là, elle rencontre le photographe Robert Mapplethorpe et rôde au Studio 54, côtoyant Andy Warhol, Mike et Bianca Jagger.
D’une beauté altière et singulière, c’est ensuite ses années VOGUE, où elle pose devant l’objectif  des meilleurs photographes de mode, Richard Avedon, et Helmut Newton avant un mariage avec  un aristocrate irlandais Desmond Fitzgerald et la vie dans un château gothique en Irlande. Elle tiendra un an.

Paris et Saint Laurent

C’est de passage  à Paris en 1968, que Loulou fera la connaissance d’Yves Saint Laurent  apportant sa fantaisie, ses couleurs, son attitude et son propre style — car c’est une véritable « originale ». Sa mère ne disait- elle pas : « Loulou a cette capacité unique de créer un vêtement d’un rien… Elle pourrait habiller quelqu’un en partant de vieilleries et d’une simple épingle à nourrice ». Elle a trouvé là une famille, danse au Palace avec la bande Saint Laurent et côtoie le chausseur Christian Louboutin, dont elle sera l’une des premières clientes.Et signe les collections d’accessoires persuadée “qu’ils ont un rôle important dans nos vies stressantes. Si vous sortez dîner et que vous n’avez pas le temps de rentrer vous changer, vous pouvez enlever votre veste et mettre un bijou. C’est beaucoup plus facile que de porter une robe de soirée dans le métro! »

Son mariage en 1977 avec Thadée Klosowski, fils du peintre Balthus, où elle apparaît en turban puisé dans son placard le matin même, donne lieu à l’une des plus belles fêtes de la décennie à Paris. Tout le monde y danse, surtout ceux qui n’ont pas été invités mais n’auraient manqué pour rien au monde ce moment de décadence pure. Ils forment alors le couple le plus chic de Paris” naturellement et incroyablement glamour“selon les observateurs de l’époque.
Dans la fièvre des collections, saison après saison, aux côtés d’un Saint Laurent fragile rattrapé par ses démons, Loulou tient bon.“C’est la joie, pour toute l’équipe”, m’avait-elle dit autour d’un verre après l’un des derniers défilés de haute couture Saint Laurent à l’Hôtel Intercontinental. Lorsque Saint Laurent jette l’éponge en 2002, elle lance avec succès sa propre collection de bijoux et d’accessoires faits de bois précieux, de pierres de couleurs, de coquillages, qui donnent envie de lui ressembler.

Il y a quelques mois encore, elle supervisait l’exposition “La révolution de la mode” à la Fondation Pierre Bergé- Yves Saint Laurent. Sur l’affiche qui fleure bon le début des années 1970, le couturier pose tout sourire entre ses deux muses : Loulou en jupe longue et foulard, et Betty Catroux, en saharienne et cuissardes.
Style unique, suprême élégance, Loulou de la Falaise avait dans l’oeil ce grain de folie sans lequel la beauté n’est qu’un astre mort. Pour qui aime la mode, c’est-à-dire les belles choses, elle restera à jamais un parangon du goût.
Une femme libre. Et désormais dans les étoiles.

par Dora Barret

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