2 juin 2016
L’orchestre en instruments d’époque

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Désormais bien inscrits dans le paysage musical, sinon devenus la norme dans le baroque, voire au-delà, les formations sur instruments d’époque ne se limitent pas à ce répertoire, ainsi que l’Orchestra of the Age of Enlightment vient le démontrer au Théâtre des Champs Elysées – salle qui a largement contribué à renouveler les traditions – sous la baguette de Sir Simon Rattle, familier de la formation anglaise. Dans un programme très post-romantique où l’on attendrait une relecture revivifiante, le chef britannique semble prendre le contre-pied des habitudes de jeu de la phalange spécialisée, comme son nom le suggère, dans la musique du siècle de Mozart – attaques franches, dynamique plus acérée, couleurs parfois vertes, sinon crues, parfois critiquées par les tenants de l’opulence.

Bruckner à dimension trop humaine

Sans doute contrariée dans ses habitudes, les pupitres peinent à trouver leur équilibre dans l’Ouverture tragique de Brahms. A l’exception de quelques poignées de mélomanes, la plupart découvrait le Scherzo de la Première Symphonie de Hans Rott, où plus d’un a pu reconnaître les prémices du jeune Mahler, tout en regrettant que le sens de la forme hérité de Beethoven demeure passablement inabouti. La soirée se referme sur la Sixième Symphonie de Bruckner, moins présente dans les salles que la Quatrième ou la Septième par exemple. A rebours des grandes architectures où dans la progression du discours par ruptures affleure l’influence des registres de l’orgue – l’instrument du maître de Saint-Florian –, la lecture ici proposée privilégie la fluidité du souffle plus que la verticalité d’une spiritualité minérale. Arrondissant quelque peu les contrastes, la direction orchestrale ne parvient pas toujours à masquer les vulnérabilités de certains solistes, à l’image du hautbois malheureux au milieu du mouvement lent.

Ravel scintillant de fraîcheur

Quelques semaines plus tard, François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles, présentent un cycle Ravel à la Philharmonie. Le dimanche après-midi, de clôture, s’ouvre sur les sortilèges de Ma Mère l’Oye, où, au-delà des quelques mesures de chauffe – surtout les cuivres – les couleurs de la partition exaltent le merveilleux du conte, sans jamais verser dans la mièvrerie. On passe ainsi des murmures évocateurs de valse dans les Entretiens de la Belle et la Bête, à l’orientalisme scintillant de Laideronnette, impératrice des pagodes, tandis que le recueil se referme sur le raffinement du Jardin féerique. Après l’entracte, c’est un autre ballet, Daphnis et Chloé, qui est donné dans sa – trop rare – version intégrale. Rythmes et associations de timbres disent assez la maîtrise orchestrale du compositeur français à laquelle François-Xavier Roth rend justice dans cette histoire d’amour tirée de l’Antiquité, avant de souligner dans une brève allocution au moment des saluts l’importance de l’utopie artistique, en particulier dans les temps troublés. Assurément, l’engagement du chef français ne se limite pas à l’excellence musicale, qu’il s’attache à rendre accessible à tous.

par Gilles Charlassier

L’Orchestre de l’Âge des Lumières, Théâtre des Champs Elysées, avril 2016

L’orchestre Les Siècles, Philharmonie, mai 2016

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