27 mars 2014
Lola Lafon / Nadia forever

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Ce qui est merveilleux avec Internet, c’est que vous tapez Comaneci et quelques secondes après, vous pouvez voir ce que fut ce jour de 1976 où aux JO de Montréal (voir vidéos en fin d’article), le monde découvrit ce que cette petite roumaine pouvait faire de son corps; à donner des frissons. Mais ce qui est tout aussi merveilleux avec un livre, c’est que sur plus de 300 pages, vous pouvez vous retrouver plongé dans cette époque où le communisme menait la guerre froide  dans toutes les compétitions sportives au monde occidental et découvrir qui était cette petite soldate de 14 ans à l’époque de sa consécration, comment elle vécut ce succès qui fit d’elle une héroïne nationale.. Lola Lafon a la plume sûre de celles qui avancent, fortes de leur talent,  tranquillement sur un chemin parfaitement balisé: “Nadia se lance en arrière et, les bras en croix, donne un coup de pied à la lune, saut à l’aveugle, et ils se tournent les uns vers les autre, est-ce que quelqu’un a compris, est-ce que vous avez compris? “. Elle a détraqué l’ordinateur, elle a vaincu la machine qui n’était pas prévue pour la note maximale: 10. Car, cette inconnue, cette petite gamine efflanquée “ne sculpte pas l’espace, elle est l’espace, elle ne transmet pas l’émotion, elle est l’émotion. Elle apparait-un ange-remarquez ce halo tout autour, une vapeur de flashs hystériques, elle s’élève au dessus des lois, des règles et des certitudes, une machine poétique sublime qui détraque tout”. Cela sans un sourire. Pourquoi faire, serait-on tenté de se demander en écoutant le dialogue imaginaire entre l’auteur et la gymnaste? Et comment faire aussi dans ce pays où “elles sont des chiots à qui on lance des épreuves”? Le livre décrit alors comment elle fut entrainée par un “dissident” Béla, entraineur charismatique et dur comme il se doit, revenant sur la genèse de la fabrication d’une championne parmi “ses petites d’Onesti”, village loin de Bucarest;  comment elles ne pouvaient rien manger, même pas boire et la course contre la montre contre “la maladie”, les règles, qui déformeraient à jamais ce corps d’enfant.

Un monde meilleur qu’un autre?

Mais ce que Lola Lafon, qui a elle même grandi en Roumanie, raconte aussi, c’est le choc avec l’occident “ce pays où on paye des gens pour qu’ils achètent”. Et ce capitalisme, “ces offres illimités qui réduisent l’espace, cette valse occidentale dont on sort nauséeux (…)”. Loin d’être une description misérabiliste du bloc communiste où la gymnastique était une discipline prioritaire avec des gymnastes qui coutaient peu cher car mangeant peu et trop jeunes pour fuir à l’Ouest, elle remet en perspective à travers la voix à Nadia ce monde idéal qu’aurait été le notre; des sponsors qui imposent finalement la même chose aux gymnastes et au final, les mêmes privations auxquelles tous ceux qui veulent gagner se soumettent à l’Est mais aussi à l’Ouest. C’est pourtant là que Béla puis Nadia choisiront de fuir, après les humiliations comme à Moscou, où on obligera les juges à faire perdre Nadia au profit d’une gymnaste russe. Et la folie des Ceaucescu qui affament leur pays, le froid qui oblige de porter son manteau dans les appartements ou salles de classe, la surveillance permanente y compris par sa propre famille. Quand aux autres sacrifices, laissons Nadia par la plume affutée de Lola Lafon conclure elle-même: “J’ai raté quoi exactement, de si fantastique? Aller traîner dans des cafés? Faire du shopping? (…) Si j’avais eu votre vie normale, je serai quoi aujourd’hui? “ Et d’ajouter, avec malice “je n’arrive pas à comprendre comment les gens, aujourd’hui,  peuvent souhaitez être localisés en permanence avec leur Iphone”…

LM

La petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon publié chez Actes Sud


1976, Montréal, le monde la découvre aux barres asymétriques

et au sol, avec son fameux Charleston, juste à donner des frissons…

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