26 novembre 2018
Liège sous le signe de Rossini pour les fêtes

Les fêtes de fin d’année se conjuguent souvent avec Offenbach, opérettes et autres avatars du répertoire bouffe. Les grands classiques ne manquent pas non plus à l’appel – l’Opéra de Paris a choisi La Traviata. Et si de Rossini, autre champagne pour les oreilles, on songe d’abord au Barbier de Séville, sa prolifique production lyrique, brutalement arrêtée à 39 ans, recèle bien des bijoux, à l’instar du Comte Ory, pour lequel il a réutilisé la musique de son Voyage à Reims, commandé pour célébrer le couronnement de Charles X – le recyclage de ses propres partitions étaient une pratique courante pour les compositeurs de l’époque, ne serait-ce que pour faire face au rythme des commandes.

De la main de Scribe et Delestre-Poirson, le livret plonge dans un contexte de croisades de pacotille : les épouses laissées au pays se meurent d’ennui, jusqu’à ce qu’un bon ermite, sous lequel se cache le Comte Ory, séducteur impénitent dans un royaume puritain, ne vienne consoler les femmes en mal d’amour et d’enfants, avant que le subterfuge ne soit découvert. Déguisé en religieuse comme ses chevaliers, il entrera alors dans le château de la Comtesse Adèle pour atteindre la jeune et belle châtelaine convoitée. Riche en rebondissements et quiproquos, l’ouvrage nourrit aussi facilement les zygomatiques qu’il charme les oreilles.

Le plaisir des yeux et des oreilles

Coproduite avec l’Opéra Comique, où elle a été déjà présentée en décembre 2017, la mise en scène réglée par Denis Podalydès ne s’appuie pas sur la facilité du gag et du potache et se révèle très équilibrée, quitte à rester parfois un peu sage. Ni reconstitution historique – au demeurant improbable au regard de la pièce elle-même qui n’use du Moyen-Âge que comme un prétexte –, ni adaptation moderne, la scénographie d’Eric Ruf préfère l’époque de la création de l’oeuvre, cette Restauration que résume un rideau de scène reproduisant un tableau traitant de la colonisation – alors contemporaine – de l’Algérie. Les costumes de Christian Lacroix et les éclairages de Stéphanie Daniel, garantit une efficacité comique qui n’oublie pas la qualité visuelle, tandis que Cécile Bon assure à l’ensemble une dynamique propice.

Dans le rôle-titre, Antonino Siragusa démontre une vitalité évidente, qui prend parfois le pas sur la souplesse de la ligne, sans pour autant renoncer à de remarquables nuances d’expression et de mezza-voce quand la partition le demande. La Comtesse Adèle campée par Jodie Devos ne souffre aucune de ces menues réserves, conjuguant fraîcheur et fruité dans le timbre, et une agilité aussi étourdissante que sa musicalité – indéniablement la reine de la soirée. En Isolier, Josè Maria Lo Monaco affirme une homogénéité idéale pour l’adolescence du page, qui fait oublier une diction moins irréprochable que sa « cousine Adèle ». Enrico Marabelli ne néglige pas la gouaille de Raimbaud, tandis que Laurent Kubla assume la carrure du Gouverneur. Alexise Yerna campe à merveille la pruderie de Dame Ragonde. Préparés par Pierre Iodice, les choeurs s’acquittent honorablement de leur office. Dans la fosse, Jordi Bernàcer fait vivre les couleurs d’une œuvre qui n’en manque pas. Une pétillante manière de trinquer à la nouvelle année !

Gilles Charlassier

Le Comte Ory, Rossini, Opéra de Liège, jusqu’au 2 janvier 2019

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