15 février 2016
L’état d’urgence à perpétuité

 

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On s’en doutait. C’est maintenant chose faite  : l’état d’urgence est prolongé, et inscrit dans la Constitution. L’état de droit n’est plus : sous couvert de lutte contre le terrorisme, qui, selon les mots de Manuel Valls, « sera l’affaire d’une génération », les libertés publiques et privées peuvent être mises en parenthèses par le pouvoir administratif, et donc politique. La large approbation dans les sondages confirmant que la côte de popularité des fouilles répétées n’est pas en berne, n’a pas plus cure que le gouvernement de l’efficacité de mesures aveugles, ni de leurs conséquences parfois indésirables.

Démocratie totalitaire

A part quelques libéraux, tels Gaspard Koenig dans une tribune publiée dans L’Opinion jeudi, pour ne pas s’engager avec les rares libertaires encore de ce monde, peu de feuilles se sont vraiment émues de la dangereuse pente sécuritaire où la France glisse – et qui suscite certes quelques remontrances de crocodile de la part de ses voisins européens, quand certains quotidiens embrunis comme Le Figaro s’en réjouissent. C’est que le risque d’être mis en joue en pleine nuit pour une perquisition ou assigné à résidence par le préfet demeure abstrait pour le citoyen lambda, jusqu’à une dénonciation zélée, surtout à une époque où la délation retrouve vigueur, encouragée par les autorités, sur les sujets les plus divers , de la fraude fiscale à l’intérêt un peu trop marqué pour le djihad. Au nom de la sécurité, on est entré en démocratie totalitaire. Au demeurant, c’est un certain Lionel Jospin qui avait déclaré, alors premier ministre de Jacques Chirac, que « la sécurité est la première des libertés ». Avec Valls, que l’on imagine avec une moustache en germe, on peut désormais être convaincus que la droite n’a pas l’exclusivité du fascisme.

Déchéance de la liberté

Au fond, Hollande entend bien profiter de l’effet d’aubaine de la casquette de chef de guerre jusqu’aux présidentielles de l’an prochain, semant la zizanie dans l’opposition en lui piquant des idées – les plus droitières évidemment. Qu’on ne se trompe pas sur le dernier remaniement, il s’agit simplement de cuisine politicienne pour ne pas trop se couper de rares ressources à gauche : l’électoralisme de notre régime ne cherche qu’à amadouer la bêtise de foules qui ne rêvent que de domination monarchique. La Fontaine ne disait pas autre chose dans sa fable Les grenouilles qui demandent un roi : la bien trop fatigante liberté politique ne désire qu’être soumise par un chef charismatique – ou pas.

Ouvrez vos portefeuilles !

D’ailleurs, même celle du portefeuille sera bientôt un souvenir, avec le projet de plus d’une banque centrale de supprimer l’argent liquide : idéal pour traquer les flux mafieux et terroristes, mais surtout un formidable outil pour les états de se rendre enfin maîtres et possesseurs des finances de leurs sujets. Le billet de 500 euros devrait disparaître rapidement, et l’Allemagne – où près de quatre achats sur cinq se fait en cash et où l’on peut acheter une Porsche chez le garagiste avec de grosses liasses, va bientôt limiter les transactions en espèces à 5000 euros – sous la pression de la France, la « patrie des droits de l’homme », où la barre descend de 3000 à 1000 euros. Sous le règne de la transparence, la liberté, c’est non seulement has been, mais diablement suspect…

Par Gilles Charlassier

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs