31 décembre 2014
Les fêtes avec Barbe-Bleue à Nantes et Angers

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C’est peu dire que l’Opéra de Nantes et Angers a eu une excellente idée en mettant à l’affiche un Offenbach aussi méconnu qu’irrésistible pour les fêtes de fin d’année, important la production de Waut Koeken que l’on avait vue à Nancy en février dernier. On retrouve ainsi avec plaisir l’histoire de Perrault revisité façon « conte d’horreur », avec ses trucidées et trépassées qui sortent du placard à la scène finale pour une joyeuse noce couronnant cet étourdissant opéra-bouffe.

Suivant l’usage consacré dans ce répertoire, le livret, dû à l’incontournable duo Meilhac et Halévy est adapté au diapason de l’actualité, et l’on relève depuis les représentations lorraines une évolution au gré des tabloïds de l’été et de la rentrée, avec, entre autres, les vicissitudes de la « première dame » et les aléas de la politique commentés avec gourmandise par le narrateur, Gordon Wilson, véritable maître de cérémonie au discret accent british moins virtuose peut-être, qu’un Jean-Marc Bihour, lequel mettait peut-être plus d’évidente gouaille sur les terres nancéennes. On n’en goûte pas moins une scénographie habile, avec son petit lit sur le grand dans la première scène ou la machine à laver d’où sortent les épouses « assassinées » de Barbe-Bleue au dernier acte. Et le rythme du spectacle a sans doute gagné en homogénéité et en équilibre, sans se laisser piéger par l’accumulation de gags, de jeux de mots et autres bouffonneries.
La participation active de la fosse n’y est étrangère, dans une contagieuse interactivité avec le plateau et les cotillons festifs. A l’issue de l’entracte, Laurent Campellone ne boude manifestement pas son plaisir à grimer l’ébriété, et les pupitres lui emboîtent le pas dans une parodie de fausses notes parfaitement réglée. Le chef français impulse d’ailleurs une dynamique remarquable à la partition, et ce dès les premières notes de l’ouverture, avec allant et brillant, autant que finesse et justesse expressive. Ainsi conduit, l’Orchestre national des Pays de la Loire sonne sous ses meilleurs auspices, et le chœur de la maison ne manque pas d’en tirer profit.

Contagieux et festif

Les solistes non plus, à commencer par le Barbe-Bleue vif et réjouissant de Mathias Vidal. En roi Bobèche, Raphaël Brémard évite la caricature, même si un soupçon supplémentaire d’excentricité ne ferait pas de mal. On apprécie la Boulotte truculente de Carine Séchaye, qui manie l’accent rural aussi bien que son mezzo tout à fait à-propos. Gabrielle Philiponet montre ce qu’il faut de piquant sinon d’hystérie en Fleurette  reconnue princesse Hermia. Sophie Angebault ne dépare nullement en reine Clémentine revêche. La cour masculine fait entendre un Saphir lumineux par Loïc Felix, une paire haute en couleurs avec le Comte Oscar de Flannan Obé et le Popolani de Pierre Doyen, tandis que Mikaël Weill joue l’hispanité de pacotille en Alvarez. Mentionnons encore le quintette des épouses, aux timbres et caractères variés. En somme, une exquise manière de finir l’année, et une non moins pour la commencer, avec les trois représentations angevines.
Gilles Charlassier

Barbe-Bleue, Angers Nantes Opéra, à Nantes du 12 au 19 décembre 2014 et à Angers du 11 au 15 janvier 2015

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