6 août 2016
Les Bauges entre ville et montagnes

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Itinérant dans le vaste massif montagneux bordé par Chambéry, Aix-les-Bains, Albertville et Annecy, le festival Musique et nature en Bauges investit depuis près de deux décennies les églises de cette portion de Savoie baignée de forêts et de pâturages, de randonnée et d’authenticité. Ancré dans son terroir, le rendez-vous savoyard n’en oublie pas pour autant ses cités, et c’est dans la grande salle du château d’Annecy, écrin idéal – et trop rarement sollicité – pour la musique de chambre que l’on retrouve un fusionnel duo à quatre mains mêlant l’hexagone aux racines québécoises : Hélène Mercier et Louis Lortie.

Baigné par la chaleur d’un soir de juillet, le concert dans ce promontoire sur le lac s’ouvre sur la Première Suite opus 5 de Rachmaninov, œuvre d’un jeune compositeur de vingt ans, en hommage à Tchaïkovski, qui venait alors de disparaître. L’empreinte romantique de la partition s’entend dès la Barcarolle, où plane l’ombre de Chopin : la poésie distillée par le couple de claviers embarque sans délai l’auditeur dans un voyage palpitant d’une délicate mélancolie, sans céder sur une plénitude sonore que l’on retrouve dans le deuxième tableau, Allegro sostenuto en ré majeur aux allures de nocturne irradiant de sentiment. L’intensité ne se relâche pas dans Les Larmes, tressant des souvenirs à la façon d’une procession funèbre. La maîtrise des ressources de l’ostinato se retrouve dans la conclusion, Pâques, avec ses intarissables cloches, puissante marche hypnotique rappelant Moussorgski.

Un voyage musical à quatre mains

L’imagination musicale des solistes se glisse ensuite dans le pittoresque de la Rhapsodie espagnole de Ravel. Sans jamais céder aux facilités du folklore, les vingt doigts qui se rejoignent sur l’un des pianos ne se contentent pas de la description, et confirment un sens aigu de la narration, dès un Prélude à la nuit empreint de mystère, où le temps semble suspendu. Traversée de rythmes de guitare dessinés avec justesse, la Malaguena contraste avec une Habanera plus rêveuse, tandis que les échos de la Feria se rapprochent jusqu’à faire éclore les couleurs et les rythmes chaloupés d’une Espagne fantasmée. Pour refermer la soirée, on retrouve Rachmaninov avec les Danses Symphoniques. Conçues pour orchestre, la version pour deux pianos – pour laquelle le compositeur, au soir de sa vie, nourrissait une affection particulière – déploie une généreuse palette d’effets et d’affects. Tour à tour robuste ou élégiaque, le Non allegro cède aux accents nostalgiques d’une valse, avant un finale à la virtuosité échevelée qui exaltent les ressources percussives de l’instrument. La Première Danse hongroise de Brahms donnée en bis, achève de séduire un public conquis.

Si cette édition 2016 rassemble en particulier les figures essentielles comme les promesses du baroque, répertoire qui se loge idéalement dans les acoustiques écclésiales, avec en point d’orgue de clôture Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, accompagnant Blandine Staskiewicz dans un programme autour de Farinelli, Anthime Leroy a aussi eu l’ingénieuse idée de mettre à l’affiche un concert Les Chants de la terre, mêlant musique et sensibilité écologique à Miolans, qui réunissait la voix d’Hubert Reeves au piano de Jean-Frédéric Neuburger, aux côtés d’Henri Demarquette au violoncelle. Non content de diffuser les muses hors des centres urbains, Musique et Nature en Bauges peut s’appuyer sur de telles initiatives, fécondes, qui ne demandent qu’à être développées.

Par Gilles Charlassier

Festival Musique et Nature en Bauges, le 29 juillet à Annecy. Jusqu’au 21 août 2016

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